28 févr. 2010

Qui contrôle l'air, contrôle le feu...

Contrôler les ouvrants






La vidéo ci-dessus nous montre une scène d'incendie filmée aux USA en période hivernale comme l'indique le manteau neigeux qui recouvre la zone de l'intervention.

Le sinistre interresse un pavillon R+1 apparemment mitoyen sur la gauche. Seule la porte d'entrée du pavillon est ouverte en grand, des pompiers sont à l'intérieur sans eau.

Des fumées relativement claires et assez épaisses s'échappent par la moitié supérieure de la surface de la porte de manière turbulente avec une vélocité certaine comme l'indique le panache de fumée proche de l'horizontale. Il convient de prendre en compte les conditions climatiques, c'est à dire une grosse différence de température entre l'intérieur du bâtiment et l'extérieur qui augmente la vitesse des échanges gazeux (transferts de masse).

Vers 30'', on peut apercevoir à l'intérieur de la maison un pompier qui donne des coups dans la baie vitrée à droite de la porte d'entrée, après plusieurs tentatives, la vitre se brise et en quelques instants, l'aéraulique du système se modifie.

Les fumées sortent maintenant par la baie vitrée du salon tandis que l'air s'engouffre par la totalité de la surface de la porte d'entrée. La dynamique du feu change très rapidement, le volume de fumées augmente très sensiblement et vers 1', on peut apercevoir des flammes dans la partie supérieure du ciel gazeux qui emplit le salon.

Environ 30'' plus tard, la totalité de la maison s'embrase (EGE ou flashover) et les pompiers battent en retraite car leur lance n'est pas alimentée en eau. Le feu est très puissant, la quantité d'énergie dégagée est très importante comme en attestent la couleur des fumées qui s'assombrissent, leur vitesse de sortie ainsi que l'embrasement des fumées nettement à l'extérieur face à l'ouvrant du salon.

On peut apercevoir le chef des pompiers (veste de feu blanche) qui passe à proximité sans tenue de protection adéquate.

Restés un moment sans eau à la lance, les pompiers attaquent ensuite le feu au moyen d'un jet droit, le sinistre diminue d'intensité, on peut noter l'augmentation de pression générée par la création de vapeur d'eau qui se concrétise par une inflammation des gaz chauds propulsés à l'extérieur en face D.

Le feu semble avoir pris dans le sous-sol (selon le témoignage du chef des pompiers en fin de séquence).

On peut d'ailleurs noter que des flammes ,accompagnées d'une réaction vive, se dégagent du soupirail débouchant en partie inférieure de la face D. Le chef des pompiers se trouve quasiment face à cet ouvrant, sans protection adpatée, mais n'est fort heureusement pas atteint par l'inflammation de la masse gazeuse.

L'extinction est ensuite obtenue et une grande quantité de vapeur d'eau se dégage.

RETEX

  • Dans la mesure du possible, toujours disposer d'un moyen en eau pour s'engager dans un bâtiment concerné par un incendie, surtout lorsque les signes extérieurs indiquent qu'il est en phase de croissance (avant EGE ou flashover),
  • L'important volume de fumée se dégageant ainsi que leur densité et leur vélocité (vitesse de sortie) indiquent un feu en cours de développement, il convient donc de freiner l'apport en comburant et d'attaquer les fumées afin d'en diminuer le volume et de rétrécir leur plage d'inflammabilité,
  • Ne pas attendre de voir des flammes pour utiliser la lance et attaquer, les fumées sont chaudes et combustibles, il convient donc de les attaquer et de les traiter comme le gaz combustibles qu'elles sont,
  • Contrôler l'apport d'air en diminuant, autant que faire se peut, les surfaces d'échange avec l'extérieur,
  • En la circonstance, on peut constater que , bien involontairement mais de manière indéniable, ce sont les pompiers qui contribuent au développement très rapide du feu en brisant la vitre du salon. La combustion change d'allure en une trentaine de secondes. En pratiquant de la sorte, la surface d'échange avec l'extérieur se trouve considérablement augmentée et l'aéraulique du système est complètement modifiée comme en atteste le fait que les fumées ne sortent plus par la porte (qui devient un entrant pour le comburant) mais par la baie du salon. La quantité d'air ainsi apportée au feu le fait redescendre dans la plage d'inflammabilité et lui donne de la puissance.
  • Qui contrôle l'air, contrôle le feu.
  • Ne jamais oublier que le fait d'ouvrir des portes et/ou fenêtres (au niveau du foyer ou à un niveau inférieur à ce dernier) en pensant évacuer des fumées ,génère en même temps un apport de comburant venant de l'extérieur.
  • La nature a horreur du vide, aussi les gaz chauds sortant du volume sous pression sont-ils remplacés par de l'air frais (transfert de masses gazeuses).
  • La totalité de l'habitation s'embrase, l'incendie nécessite donc l'utilisation d'une quantité d'eau beaucoup plus importante pour le contrôler.
  • La puissance ainsi donnée au feu engendre des dégâts supplémentaires au pavillon dont la charpente est endommagée ainsi que la couverture.
  • Tous les intervenants évoluant dans la zone d'exclusion (périmètre immédiat du sinistre) doivent être en tenue de feu complète (sécurité), d'autant plus lorsqu'il s'agit de personnels d'encadrement qui, de surcroit, doivent donner l'exemple.
  • Lors des phases de cheminement en toiture, toujours utiliser des moyens d'amarrage (ex: LSPCC) afin de limiter les conséquences en cas de chute ou glissade particulièrement en période hivernale,
  • Ne pas stationner face aux ouvrants.

Restons humbles.

1 commentaire:

Tony G. a dit…

Merci encore pour ce retex.

Enfin merci à eux, car nous apprenons de leurs erreurs ;-)

J'ai déjà entendu ça...

A bientôt et continuez comme vous le faites si bien avec Etienne.