29 août 2009

Itinéraire de secours


SAUVETEUR EN DANGER

La vidéo illustrant ce post semble provenir d'Europe de l'est.

On y observe un feu développé dans un appartement (fenêtre de gauche), avec une deuxième fenêtre qui s'embrase (EGE) par la suite dans le même volume ou dans un volume adjacent.

Dans un premier temps, on peut constater un dégagement de flammes et fumées par les deux fenêtres. Le volume de fumées s'échappant de celle de gauche est moindre comparativement à ce qui s'échappe de la fenêtre de droite.

Fenêtre de gauche : mélange combustible plus proche de la notion de mélange idéal(dégagement de fumées moins important, présence de flammes, plus d'énergie dégagée). Le feu prend son air par ailleurs puisque les flammes se dégagent sur toute la surface de la fenêtre).

Fenêtre de droite : mélange combustible plus riche (signe de combustion incomplète), absence de flammes, montée en température rapide.

Dans un premier temps, seules des fumées se dégagent de la fenêtre de droite. Très rapidement, la vitesse de sortie augmente, les fumées deviennent plus turbulentes, leur volume augmente progressivement tandis que l'on aperçoit des flammes en partie haute. Le feu respire par cette fenêtre.

Très rapidement, on aperçoit en partie basse de cette fenêtre au milieu des fumées un pompier, à priori seul, qui apparemment a été piégé (était il en binôme ? Dans ce cas, où est son collègue ?), sans itinéraire de repli (par où a-t-il accédé ?, sans moyen hydraulique ?)

Il tente de se protéger au mieux du rayonnement des flammes en se positionnant au plus bas sur l'appui
de la fenêtre, dans la zone de dépression par où l'air frais rentre, mais la partie droite de son corps reste soumise au flux thermique.

In extremis l'échelle salvatrice vient à lui, lui évitant d'avoir à sauter dans le vide sous l'effet de la douleur. Exténué, il se laisse glisser sur l'échelle et descend, son bras droit parait "inerte" le long de la main courante du parc, probablement brulé (le plus exposé au rayonnement en attendant en vain une issue)

Quid de l'extinction et du risque de propagation à N+1 ?

RETEX

  • Le sauveteur est aussi une victime potentielle, piégé par ici par un flashover, le port complet d'EPI et d'ARI de qualité (EN469 et EN137), dont une cagoule à fenêtre fixe si possible double couche, augmentent les chances de survie (un pompier en veste de cuir et sans surpantalon n'aurait-il pas déjà sauté ?),
  • Il apparait indispensable que chaque pompier engagé dans une structure dispose d'une radio par pompier afin de communiquer avec le COS pour signaler une urgence comme le fait de se rerouver piégé par un développement rapide du feu...Inversement l'échelier et/ou le COS peuvent prévenir les pompiers engagés dans le bâtiment des signes d'aggravation indiqués par une lecture du feu depuis l'extérieur, indiquer que la plateforme de l'échelle est positionnée en attente sous le vent, à proximité des ouvrants où ils évoluent en cas de problème, etc...
  • Dans l'hypothèse assez probable où il y a communication entre les deux pièces concernées par le sinistre illustré dans cette vidéo, il est important pour les pompiers engagés d'observer la configuration des locaux. En effet, si une porte existe entre ces deux pièces, il aurait été interressant pour notre collègue de la fermer afin de s'isoler par rapport au foyer d'origine à l'identique de la philosophie de la technique V.E.S. (Vent, Enter, Search) que nous avons illustré dans un post "sauver ou survivre" publié le 09 avril 2009,
  • L'échelle à main tout comme l'échelle aérienne sont des agrès de sauvetage, tant pour les victimes "civiles" que pour les pompiers ! Il convient donc de les positionner systématiquement de façon pro-active en tant qu'itinéraire de secours près des ouvrants où évoluent les pompiers engagés dans le bâtiment,
  • Dès que possible, selon l'étage où se situe le feu, il est nécessaire d'établir une lance de plain pied en appui pour protéger un éventuel sauvetage, qu'il s'agisse d'une victime ou d'un pompier, sachant que la portée verticale efficace d'une LDV 500 alimentée correctement est d'environ 4/5 étages à raison de 3 mètres par étage.
  • Développer et enseigner les techniques de sauvetage du sauveteur, à l'instar de certains de nos collègues anglo saxons qui disposent, pour certains d'entre eux, de dispositifs individuels de descente, intégrés ou non à leur tenue de feu, leur permettant de s'extraire d'une pièce et de descendre au moins d'un étage (dans le cas présent, cela est suffisant) voire plus selon la longueur de la corde, afin de se mettre en sécurité http://www.petzlexopss.com,
  • Il existe à ce jour sur le marché des tenues de feu intégrant un dispositif harnais/longe facilitant la mise en oeuvre d'un tel dispositif (cf. concept T-REX).

Restons humbles.

1 août 2009

Echelle retournée

Le Tiller se retourne
C'est à Raleigh (Caroline du Sud) qu'a eu lieu l'accident impliquant cette échelle aérienne.
Une méprise est intervenue entre le conducteur du tracteur et le "tillerman" (conducteur de l'essieu arrière de la remorque) quant à la direction à prendre.
Chacun des deux conducteurs tournant dans une direction opposée, le véhicule s'est finalement retourné.
Fort heureusement, les 4 pompiers composant l'équipage de l'engin étaient tous ceinturés et aucun d'entre eux ne fût gravement blessé, un seul d'entre eux (le tillerman) ayant été transporté à l'hôpital pour examen.
A noter également la qualité des matériel utilisé puisque la cabine ne s'est pas déformé malgré un choc conséquent et un retournement.
Le véhicule en question de marque Pierce est un "custom built" , c'est à dire un véhicule construit spécialement pour un usage particulier : véhicule d'incendie et de secours.



Ces véhicules sont certes plus onéreux, mais spécialement étudiés pour leur usage, tous leurs composants, du chassis aux aménagements sont renforcés et destinés à un usage intensif.


RETEX

  • Véhicule "custom built" donc plus résistant, possédant une cabine à structure renforcée et spécialement adapté à la mission des services d'incendie,
  • Tous les pompiers étaient porteurs de la ceinture de sécurité (un blessé léger et trois indemnes),
  • Attention aux vitesses excessives (rouler vite c'est bien, arriver au feu c'est mieux !),
  • Importance de la communication avec le conducteur (risque de méprise),
  • Formation des conducteurs à améliorer (structures adaptées, formations spécifiques à la conduite en situation d'urgence, utilisation de simulateurs, etc...), cela coûte certainement moins cher de former correctement les conducteurs que de remplacer ou de réparer des véhicules accidentés sans parler des dommages corporels...
  • Restons modestes, cet accident s'est produit aux USA mais ormis le fait que nous n'utilisons pas de tillers en Europe, il aurait aussi bien pu survenir ailleurs, les syndrômes sont souvent les mêmes (vitesse excessive, formation des conducteurs, etc...).

Restons prudents et modestes !