20 juil. 2009

Façade au vent...



Cette vidéo est issue du blog très intéressant et productif d'Ed Hartin (voir lien Ed Hartin CFBT-US)

On y observe l'influence d'un vent moyen/fort orienté face A/C sur un feu développé dans les combles aménagés de ce pavillon.

La porte d'entrée, hélas laissée grande ouverte au vent, semble aider à gaver d'air le brasier à l'étage (escalier non cloisonné).

Face A : le feu est nettement perturbé car sa fenêtre est au vent, avec une zone d'échange air /fumées/flammes parfois marquée en l'absence de rafales.

L'alternance de flammes jaunes sans fumées puis de fumées noires, denses et véloces (elles parviennent à contrer le vent !) traduit un mélange combustible tantôt proche du mélange idéal, tantôt trop riche pour s'enflammer.

Faces B/C par contre, les flammes accompagnées d'un panache d'épaisses fumées noires sortent sur toute la surface des deux fenêtres...


Par où respire le feu ?

Sans doute par la porte d'entrée grande ouverte et l'escalier menant aux combles, mais aussi par la fenêtre en face A des combles à priori non recoupés, le feu est traversant.

L'énergie dégagée par le feu associée à la force du vent s'engouffrant par les ouvrants en face A provoque la sortie des flammes en faces B et C à l'horizontale ! (entre 1min35 et 1min50).

Lecture des fumées : volume important par rapport à la taille du volume sinistré - forte densité - vitesse de sortie élevée (angle proche de l'horizontale) et turbulente - couleur sombre (indicateur entre autre d'un niveau de température élevé). A noter le dégagement de fumées claires au niveau du faitage (vapeur d'eau + gaz de pyrolyse) que l'on peut apercevoir au début.


Une propagation au toit du garage se produit suite à la chute de débris enflammés face C.

La toiture trempée par la pluie parait par ailleurs bien isolée, car elle ne cède pas. On note cependant de très faibles dégagement de fumées autour des ouvrants embrasés, soumis au rayonnement des flammes...

Un scénario qui sera de plus en plus rencontré dans un avenir proche du fait de l'entrée en vigueur progressive de nouvelles règlementations en terme d'isolation pour les constructions neuves (développement durable oblige).

Notons le salutaire rappel à l'ordre des témoins qui empêchent un tiers de retourner dans la maison en feu, source non négligeable de victimes lors des feux d'habitations :
"once out, stay out ! " = "une fois sortie, restez dehors ! "


Malgré l'apparence intact du RDC, au vu de l'embrasement des combles, un effondrement partiel du plancher est possible.

Saluons le coté pratique présenté par le tuyau de 110mm plié en écheveau sur le pare choc avant de la pompe, le tout étant
pré-connecté sur un orifice d'alimentation situé à l'avant afin de permettre une alimentation rapidement sur un hydrant...


RETEX



  • Sens et force du vent à prendre en compte en transit puis à l'arrivée sur les lieux,

  • Lecture du Feu associée à Lecture du Bâtiment afin dévaluer les risques de survenue de phénomènes thermiques (tel que stade de développement du feu et son "état" : contrôlé par la ventilation ou par le combustible, les ouvrants au vent ou sous le vent, etc...,

  • Contrôle de l'air pour freiner la puissance du feu comme la propagation des fumées,

  • Nécessité d'informer le grand public sur les gestes simples permettant de limiter les risques d'incendie, sur la détection précoce (DAAF), mais aussi sur la conduite à tenir en cas de feu : évacuer en fermant les portes, ne pas re-rentrer dans le bâtiment, etc...,

  • Caméra thermique pour lire le feu "à travers" la toiture et déterminer les points les plus chauds pour la création d'exutoires (trop tard dans le cas présent, le feu est déjà pleinement développé),

  • Remarquez le calme des intervenants,

  • Une voiture est stationnée dans l'allée indiquant la présence potentiels d'occupants,

  • Techniques efficaces d'établissement en écheveaux du point d'eau au point d'attaque dans l'axe perpendiculaire à l'engin pompe, ce dernier se positionnant après l'adresse en refoulement pour les lignes d'attaques même de plain pied comme pour l'alimentation
Restons humbles et modestes !

18 juil. 2009

Sauvetages et caméra thermique

Feu avec sauvetages

Juin 2009 : Il est 21H30 quelque part dans un CSP de la région parisienne lorsque les secours (1 pompe et une échelle aérienne) sont engagés pour un feu d’appartement.



En cours de transit, le centre de traitement d'alerte confirme la notion de nombreux appels avec dégagement de fumée.

A l'arrivée des secours, de nombreuses personnes se manifestent aux fenêtres mais sans panique.

Le secteur étant connu des pompiers pour le stationnement anarchique, l'échelle s'engage en premier dans l'allée.

Lecture du bâtiment et des fumées :
  • Face A : environ 30 personnes non directement menacées par le feu se manifestent à différentes fenêtres du 5° étage,
  • Face C : dégagement de fumée noire sortant de manière rapide, laminaire et non turbulente d'une fenêtre entrouverte située au 4° étage dont le volet roulant est abaissé au 3/4 (feu sous ventilé).
Renseignements pris auprès de voisins, il semble qu'une famille de 8 personnes occupe cet appartement. La configuration interne du bâtiment est complexe, (coursives longues et portes d'accès décalées) et rend l'accès à l'appartement long et difficile.
L'équipage de la pompe procède à l'établissement d'une division alimentée afin d'attaquer le feu par l'intérieur. Le chef de la popmpe et de l'échelle ne disposent pas de moyens de communication.
L'échelle est positionnée sur l'herbe au pied du bâtiment, le chef d'agrès prend place dans la plateforme en ayant pris soin de se munir de la caméra thermique.

Arrivé à hauteur de la fenêtre, le chef échelle capèle son ARI, casse le volet puis ouvre la fenêtre, à ce moment là il balaie la pièce au moyen de la CT. L'ambiance thermique n'est pas très élevée, et un vent contraire limite l'évacuation des fumées.

Ayant aperçu sur l'écran de la CT un pied dépassant sous une table, le chef échelle pénètre dans l'appartement, localise la victime puis la glisse sur le sol jusqu'à la fenêtre d'où il parvient, non sans mal, à la hisser sur la plateforme.

Arrivée au sol, la victime est prise en charge par l'ambulance et l’échelier (elle sera plus tard transportée au caisson hyperbare). Durant la descente, la victime annonce à son sauveteur qu'une autre personne se trouve dans la pièce.

Le pompier regagne donc l'appartement et malgré une reconnaissance complète de l’appartement assisté de la CT, aucun autre occupant ne sera découvert.

Pendant ce temps, l'équipage de la pompe a procédé à l'extinction au moyen d'une LDV 500.

RETEX

  • Bonne connaissance de secteur (positionnement échelle) malgré le stationnement anarchique de véhicules sur la voie pompiers,
  • Heure relativement tardive mais période estivale donc occupants du bâtiment non endormis limitant ainsi les risques liés à la panique,
  • Population du quartier à majorité immigrée et africaine (prendre en compte la peur culturelle du feu et les comportements parfois démesurés qu'elle peut engendrer),
  • Feu sous-ventilé donc dégageant moins d'énergie et de puissance,
  • Lecture du feu indiquant un dégagement de fumée linéaire et non turbulent,
  • Terrain sec ayant permis de stabiliser l'échelle hors de la voie échelle,
  • Utilisation de la caméra thermique permettant d'optimiser les reconnaissances et la recherche de victimes,
  • Pas de possibilité de cloisonnement du feu (VES impossible car pas de porte entre foyer et position de la victime),
  • Calme et professionalisme des intervenants,
  • Manque de moyens de communications tactiques,
  • Train de départ insuffisant (1 pompe + 1 échelle : il faudrait à minima engager une pompe supplémentaire au départ afin de disposer d'effectifs supplémentaires qui font cruellement défaut dès les premières minutes).

Restons humbles !

Les images utilisées pour illustrer ce post ne sont pas en lien avec l'opération citée.

13 juil. 2009

Explosion lors de l'attaque

Feu de pavillon avec explosion

Cette courte séquence vidéo (10 secondes) nous présente des pompiers qui procèdent à l'attaque d'un feu de pavillon.

Le feu intérresse apparemment les combles situés juste au dessus du garage, la propagation semble essentiellement verticale.

Le volume de fumées n'est pas très important eu égard à la taille du pavillon, les fumées sont noires (chaudes) en haut et au centre de la toiture tandis que le long du mur se dégagent des gaz de pyrolyse (couleur blanche).La vitesse de sortie est relativement élevée et la densité moyenne.

Un pompier juché sur une échelle à coulisse effectue une trouée au moyen d'une gaffe afin de faciliter l'évacuation des gaz chauds. Il n'est pas porteur d'ARI, tandis que trois pompiers se trouvent face à l'entrée du garage qui est grande ouverte. Apparemment, aucun moyen hydraulique ne semble en oeuvre face à cet ouvrant.

A 5 secondes, une explosion survient (certainement attribuable à une bouteille de gaz) qui surprend les intervenants et projette des missiles en hauteur et face à l'entrée du garage sans atteindre ni le pompier sur l'échelle, ni ceux situés face à l'ouvrant.

Fort heureusement : pas de victimes et un effet de souffle limité par le fait que le garage était ouvert et la toiture fragilisée par l'action de la gaffe.

RETEX

  • Reconnaissance = recherche de renseignements (présence humaine, nature du stockage, etc...),
  • Ne pas stationner face aux ouvrants,
  • Tactique opérationnelle intérressante (création d'éxutoire en partie haute),
  • Ne pas se fier à 100% aux renseignements collectés sur place, on peut trouver de tout dans un grenier (la preuve...),
  • Fort heureusement, le pompier sur l'échelle à coulisse n'était pas dans l'axe du garage,
  • Le port de l'ARI capelé est de nature à protéger les porteurs des effets d'un éventuel blast,
  • Port des EPI complets en zone d'exclusion,
  • Toujours prépositionner des moyens hydrauliques,
  • Une action combinée (attaque + refroidissement des gaz) menée simultanément à la création de la trouée aurait peut-être évité l'explosion en limitant la puissance thermique du foyer,
  • L'utilisation d'une lance perforante pour inertage du volume sous toiture aurait pu être interressante dans ce contexte,
  • Penser à l'amarrage sur échelle,
  • Réaliser un périmètre de sécurité (zone d'exclusion) à l'intérieur duquel tous les personnels doivent être en tenue de feu complète,
  • Grand calme des personnels après l'explosion.

Restons humbles et prudents.

4 juil. 2009

Feu d'appartement dans le Bronx

New York : Feu d'appartement dans le Bronx.

En pleine journée, un couple de passants filme un feu d'appartement situé au troisième niveau d'un bâtiment à usage d'habitation R+2 accolé sur sa face D à un bâtiment d'habitation R+4.

Trois fenêtres sont "allumées", deux sur face A et une à l'angle en face B.

Flammes et fumées sortent sur la totalité de la surface des ouvrants concernés indiquant que le feu respire par ailleurs (vraisemblablement de l'intérieur du bâtiment puisqu'aucune fumée ne sort des autres fenêtres) laissant présager un risque de propagation essentiellement horizontal, le feu étant situé au dernier niveau.

Les flammes sont vives et assez jaunes (signes d'une "bonne" ventilation) et s'échappent à grande vitesse. Les fumées quant à elles sont noires mais relativement peu importantes en volume, signe d'un feu "bien" ventilé proche de la zone de "mélange idéal" donc dégageant une importante quantité d'énergie.

Les pompiers sont sur place (une première alarme au FDNY = 2 pompes, 2 MEA (en la circonstance une échelle aérienne et un bras élévateur télescopique, et un chef de bataillon), et comme à l'accoutumée, ils affichent un grand calme associé à une attitude très professionnelle (ils se déplacent à vive allure mais sans courir, pas de cris).

Les "roofmen" montent sur le toit au moyen de l'échelle aérienne équipés notamment de tronçonneuses à disque en vue d'effectuer une trouée. De son coté, l'OVM (Outside Vent Man) brise le carreau de la fenêtre la plus à droite en face A sur le niveau du sinistre depuis l'échelle d'évacuation (fire escape) au moyen d'une gaffe.

Le but est de permettre aux gaz chauds et fumées de s'échapper du volume sinistré afin de diminuer le potentiel en combustible. Cette action est interressante et efficace si elle est menée conjointement à l'attaque qui, en la circonstance, est "offensive intérieure" (aggressive interior attack pour reprendre la terminologie new yorkaise). A contrario, elle risquerait d'augmenter la ventilation du feu et de lui donner encore plus de puissance si l'attaque survenait ultérieurement. De plus, il convient de considérer que la fenêtre en question se trouve juste sous l'échelle aérienne, représentant un danger potentiel pour les "truckies" (surnom donné aux pompiers affectés sur les compagnies d'échelles), se déplaçant sur le parc en cas d'embrasement des fumées.

On remarque par le jet fusant de la fenêtre en face A, l'utilisation de lances à fût tronconique (smooth bore nozzle), paradoxe new yorkais qui contraste avec la modernité des équipements et engins en service au FDNY. Le feu est "coiffé" très rapidement par une attaque massive comme en attestent les très importantes quantités de vapeur d'eau qui se dégagent par les ouvrants.

RETEX

  • Analyse du contexte de l'opération (jour = bonne visibilité / Habitation donc taux d'occupation des habitations moins élevé si en semaine, plus élevé si week-end
  • Lecture du feu (fenêtres allumées "crachant" sur toute leur surface donc feu non confiné et respirant par l'intérieur / Flammes jaunes et vives ),
  • Lecture des fumées (volume relativement peu important comparativement à la taille de l'appartement sinistré, vitesse de sortie élevée, densité moyenne et couleur sombre indiquant notamment un niveau de température élevé),
  • Attention aux conséquences que peut avoir la gestion des ouvrants = gestion du comburant, risque d'embrasement des fumées en cas d'atteinte de la T.A.I (Température d'Auto-Inflammation), etc...
  • Etablir un moyen hydraulique depuis l'extérieur afin de protéger les pompiers évoluant sur l'échelle aérienne (et limiter le risque de propagation verticale quand il existe mais ce n'est pas le cas ici puisque le feu est au dernier niveau),
  • Calme et professionnalisme des intervenants d'où découle un déroulement fluide de l'intervention,
  • Chaque pompier a un rôle prédéterminé dans l'attaque de ce type de feu,
  • Moyens engagés au départ importants (2 pompes, 2 MEA, 1 chef de bataillon COS) soit 22 hommes ,
  • Moyens hydrauliques importants permettant une attaque massive (même si l'on peut regretter l'emploi de lances techniquement dépassées) qui casse de manière très rapide le cycle de développement du feu,
  • Pas de victimes.

Restons humbles !

1 juil. 2009

6 morts à Asnières

Asnières : le feu fait six nouvelles victimes
Images : Reuters : Le Parisien.
Mardi 30 juin, le feu a fait six nouvelles victimes dans l'incendie d'un hotel meublé à Asnières sur Seine. Il semblerait que le feu se soit déclaré dans une chambre située au premier étage puis se soit propagé à l'ensemble du bâtiment.
De nombreux sauvetages ont été réalisés par les sapeurs-pompiers de Paris qui ont déployés de très importants moyens. Plusieurs personnes se sont défenestrés et d'autres se sont réfugiées sur les toits.
Le bilan final fait état de six morts (dont un enfant) et de 18 blessés.
Certains médias ont déclarés que les occupants avaient été avertis par le déclenchement de l'alarme de l'établissement. Cependant, la réglementation française prévoit des dispositifs de détection et d'alerte dans les parties communes des hotels mais pas dans les chambres !
En conséquence, lorsqu'un feu se déclare dans une chambre, ce qui semble être le cas en la circonstance, il n'est détecté que lorsque les fumées envahissent les couloirs, en clair lorsque le feu est développé.
Il "suffit" ensuite, d'une porte laissée ouverte et le feu se propage à tout le bâtiment.
Combien de morts faudra-t-il encore avant que l'équipement en DAAF soit obligatoire dans les habitations et que la réglementations incendie concernant les hôtels n'impose une détection dans les chambres ?
En attendant, nos concitoyens meurent "réglementairement".
Suite à cet incendie, aucun journaliste ni commentateur n'a fait mention de cette lacune en détection et en information du public, tout le monde semble s'accorder à penser que ce type d'évènements relève de faits imprévisibles et inéluctables !


Saluons le travail formidable effectué par les sapeurs pompiers en ces circonstances particulièrement difficiles qui a certainement permis de limiter le bilan de cet incendie et espérons qu'une prise de conscience interviendra un jour.

Et n'oublions pas : un détecteur de fumée peut sauver des vies !