9 avr. 2009

SAUVER OU SURVIVRE...

SAUVER OU NE PAS SAUVER ?

Dans la vidéo ci-dessous, vous pourrez voir la mise en oeuvre de la technique "Vent, Enter, Search" évoquée dans un précédent post.

La scène se situe aux USA au cours d'une intervention nocturne pour feu de bâtiment. On y voit l'adjudant-chef (captain) Rick Van Sant des pompiers d'Indianapolis, chef d'agrès d'une échelle aérienne, s'engager dans une pièce située au 1° étage d'un pavillon au moyen d'une échelle à coulisse bien qu'un certain nombre de signes laissent présager un feu à développement rapide.

Suite à la diffusion de cette vidéo sur le site Américain http://www.vententersearch.com/ , de très nombreux commentaires (151) plus ou moins critiques ont été formulés sur la pertinence ou non du choix opéré par Rick de s'engager dans la pièce en question à la recherche d'une présumée victime.

Regardez les images plusieurs fois avec attention puis lisez le témoignage de Rick.



Traduction des légendes apparaissant sur la vidéo par ordre chronologique :

- "Close call" (presque accident) sur feu de pavillon. Des pompiers dressent une échelle vers la fenêtre du premier étage, pour rechercher un occupant piégé.

- Un pompier s'engage par la fenêtre pour effectuer une rapide reconnaissance de la chambre.

- Un EGE s'y produit, il doit évacuer d'urgence par la fenêtre tandis que son binôme doit sauter de l'échelle pour dégager l'itinéraire de repli.


-
Pas de victime au final dans l'habitation, le pompier souffre de brûlures mineures au dos.

Témoignage de Rick Van Sant publié en date du 22/11/2008 sur le site http://www.vententersearch.com/.

« Bien, voilà mon tout premier post sur un site web, mais mes amis m’ont dit que c’était l’occasion ou jamais. Il fallait que je jette un œil… Je suis le pompier qui apparait sur cette vidéo, et au fond de moi, j’ai besoin de clarifier les choses. Je suis adjudant-chef à Indianapolis et j’ai servi au cours des 23 dernières années dans les compagnies les plus actives de la ville. J’ai donc déjà vécu quelques feux...

Parce que vous n’étiez pas là, je vous suggère de regarder à nouveau la vidéo après avoir lu mes explications, peut être penserez-vous différemment.

Nous sommes engagés à 04h00 par radio pour feu de pavillon avec notion de victime, la tension est perceptible dans la voix de l’opérateur. L'échelle est le premier engin à se présenter sur les lieux. Des voitures sont garées dans l’allée du garage (signe indiquant potentiellement la présence d'occupants dans le pavillon), des voisins hurlent qu’une femme est piègée dans la maison et désignent cette pièce.

Au vu de la propagation du feu au reste de la maison, Ventiler Entrer Rechercher (VES : Vent Enter Search), va être l’option à retenir.

Quand nous ventilons la fenêtre avec l’échelle, on a l'impression que la chambre est en feu, mais en fait les flammes que vous voyez proviennent du couloir et passent sous le cantonnement par le haut de la porte. Regardez encore et vous verrez les flammes « rouler » au plafond.

Quand j’accède à la fenêtre, il y a un lit double grande taille contre le mur de celle-ci, je ne peux donc tester le sol comme certains me le reprochent. Notez qu’on continue de me voir quand je rentre, puisque je suis sur le lit.

Croyez moi, au début, l'ambiance thermique de cette chambre était « vivable » pour moi comme pour une éventuelle victime qui y aurait été piégée. Autrement, comment aurais je pu entrer sur le lit, calmement, 1 mètre au dessus du sol ? Faites moi confiance quand je dis que je sais ce que chaleur veut dire, et à ce stade ce n’était pas plus chaud que sur les autres feux que j’ai pu vivre.

Mon objectif était d’atteindre la porte de la chambre et de la fermer, comme prévu par la procédure VES. On le fait avec succès à chaque fois.

Arrivé au bout du lit, je descends au sol et je tente de fermer la porte, mais à cause de débris au sol, je n’y arrive pas. A ce stade, les conditions sont encore supportables mais je sais qu’avec le volume de flammes entrant en partie haute, et la couche de fumées qui s'épaissit, cela ne va pas durer. Comme expliqué plus haut, c’est mon métier depuis 23 ans, et je connais le comportement du feu.

Je garde un oeil sur mon itinéraire de repli, et termine ma recherche, y compris dans le placard qui n’a plus de porte. Alors que je suis à environ un mètre de la fenêtre, la chambre s’embrase, le reste n’est qu’histoire et commentaires par de soit-disant experts.

J’ai du mal à imaginer que des pompiers non présents sur place puissent m’accuser de tant de fautes alors que je n’ai fait que ce que je suis supposé faire, à savoir risquer un maximum pour sauver une vie « sauvable ». J'insiste, mais la pièce n’est pas embrasée quand je m’y engage, malgré ce que l'on pourrait croire en regardant la vidéo. Je vous l’accorde, après le flashover, aucun civil ne peut survivre, mais si la femme avait été là, peut être, juste peut être, aurai-je pu l’extraire de la pièce avant le flashover.

Je me demande quels auraient été les commentaires si en regardant la vidéo, on m'avait vu rester au sommet de l'échelle sans m’engager comme beaucoup le suggèrent, et que plus tard nous ayions trouvé le corps de cette femme de l’autre côté du lit.

Au lieu de me traiter d’idiot, on m'aurait traité de lâche. Alors, je préfère idiot, et de loin !

A Dave, lui aussi pompier à Indianapolis, qui écrit qu’avec le recul, il estime que ce n’était pas l’option la plus judicieuse, tu as absolument raison. C’était la SEULE option à retenir. Et si je suis confronté à une situation identique une centaine de fois encore, je m’engagerai à nouveau à travers cette fenêtre, car je suis sapeur-pompier.

Et à ceux qui s’interrogent afin de savoir comment j’avais conscience des conditions de l'environnement à tout moment, comment j’ai su reconnaître l’imminence de survenue du flashover, et pourquoi je m’extrait la tête la première sur l’échelle (bailout) sans hésiter et sans heurt …

Ma réponse porte sur un seul mot : Formation !….

A celui qui dit que je n’avais pas d’outils, regarde et tu verras la hache fixée à la ventrale de mon ARI. Je ne l'ai pas à la main car quand je cherche une victime, j'ai besoin du contact de la main pour être certain que ce que je touche est un corps, toucher avec un outil c’est prendre le risque de fausser la perception et croire que c’est tout sauf un corps…, mais j’ai TOUJOURS un outil avec moi.

En conclusion, je suggère juste que lorsque vous regardez une vidéo de ne pas oublier,avant de porter un jugement, que vous n’étiez pas présent.

Et si vous êtes face à la même situation, avec les mêmes conditions que celles que j’ai affronté et que vous ne choisissez pas la même option, alors je suis heureux que nous ne soyions pas de garde ensemble.

Soyez prudents mes frères. »

RETEX

  • Qui à dit Professionnalisme ?

La compétence en matière d'incendie et de sauvetage s'acquière t-elle au travers de la formation, de l’expérience et de l’équipement, ou bien l'a t-on de facto en percevant son casque ?

  • Efficace ces échelles à coulisses accessibles sur les côtés de l'engin, plutôt que d'avoir à monter sur un toit pour défaire des noeuds, non ?

Dans le cas présent, depuis l'engin elle sera dressée en 1 minute, pourtant en marchant, ce qui permet de faire une lecture du feu en s'approchant du bâtiment :

Lecture du Feu / Lecture du Bâtiment :

  • Environnement : GH 04h00, voiture face au garage, témoins affirmant la présence d'une victime à l'étage,
  • 50 sec : le RDC est post-EGE avec le hall d'entrée embrasé, les fenêtres noircies, probable propagation face C et D (lueurs), deux fenêtres noircies à l’étage (chambres),
  • 1.01 : deux VES sont menées simultanément au 1er étage,
  • 1.07 : fenêtre gauche noircie mais laissant apparaitre des lueurs, ventilée néanmoins par l'échelle,
  • 10 secondes après, la création d’une voie d’air entre le RDC et cette fenêtre, (effet cheminée !) a pour conséquence l'intensification du feu dans la chambre, le plafond de fumées s'épaissit.

On observe des Roll over au plafond = signe annonciateur de l'EGE

  • Choix tactique = VES :

    1.30 : nota : plus de 20 sec après la ventilation de la fenêtre, le pompier s'engage, lors de sa reconnaissance, sa tentative d'isolation du feu (porte bloquée par débris) échoue, (feu qui respire = feu qui empire...)

    1.40 : EGE
    1.47 : Evacuation / technique du"bailout"

    7 secondes en enfer : sa formation, son expérience, son sang froid et son équipement (et en particulier sa tenue de feu complète) lui ont permis de s'extraire vivant.

Philosophie opérationnelle = Risquer un maximum mais de façon contrôlée, pour une vie sauvable.

Techniques de survie du sauveteur répétée en formation, afin d'être maitrisée en intervention...

Question : En présence d'une victime, comment envisager pouvoir l’extraire seul, à temps, par la fenêtre, si l'on ne peut pas contrer le développement du feu ? (cela s'est ici avéré impossible car porte bloquée et pas de lance).

CONCLUSION

Comment ne pas faire le lien avec le slogan publicitaire flamboyant :

"Aller en enfer, chercher quelqu'un, revenir avec, l'engagement avec un grand E"

issu de la récente campagne de la FNSPF … et son opposition paradoxale à la mise en place une filière de formation incendie à la hauteur de l'enjeu.

Sauver ou survivre, versus « périr » !

Restons humbles.

10 commentaires:

Cyde a dit…

Les arguments qu'il avance sont très pertinents, le choix de rentrer ou non est dans un cas comme celui-ci très difficile à faire, la vidéo est mauvaises, elle compromet donc notre lecture du feu. Les arguments qu’il avance sont des faits qui auraient poussé une majorité d’entre nous à rentré !!!
Une des choses à retirer dans cette vidéo, c’est la technique du « bailout » qui est parfaitement maîtrisée. Un beau résultat de formation !!

marcel de Dreux a dit…

À quand des vrai engins de feu et des véhicules ou binômes de sauvetage.
Des échelles à mains accessibles du sol à déblocage rapide.
Retirer la LDT (cela m'irise les poils de prononcer LDT) et remplacer par tout autre dispositif rapide d'établissement de tuyaux de 45 ( DT, tuyaux en écheveaux etc...)
Des binômes de sauvetage à disposition du cos pour les victimes éventuelles et pour les binômes engagés.
Je ne sais pas si je me serais engagé car comme il le dit nous n'étions pas présent mais par expérience personnel il y aura toujours des personnes non présence pour se faire leur propre scénario et extrapoler sur une photo ou vidéo.la seule chose qui est sûr c'est que sa formation lui a sauvé la vie alors entraine toi comme si ta vie en dépendait car c'est le cas (ce n'est pas de moi mais je trouve cette citation très juste)
Merci Etienne

A+ marcel

Life Rescue a dit…

Arrêtons de juger et de mal interpreter les vidéos. Je pense que le gars qui est monter savait se qu'il faisait, surtout avec une notion qu'il y est une personne a l'interieur. En regardant mieux la video la piece n'est pas embrasée, même si les fumées sont presente il etait conscient de son geste. Il explique de part lui même qu'il se trouvait a 1metre de la fenetre quand l'embrasement a eu lieu. donc il avait deja calculer sont itineraire et fait le tour de la piece rapidement pour voir si la victime etait la, et surtout qu'il se rende comte qu'il etait dans un endroit hostile. Je ne sais pas comment nous aurions tous reagi face a une telle situation donc chapeau pour " rick " et surtout tant mieux pour lui qu'il soit sien et sauf.
En France cela nous choc de certaine methodes adaptées par nos confreres americain.Le faite qu'il rentre dans des maisons embrasée, sur des toits enflame etc .. sachons que les formations ne sont pas du tout les mêmes, la preuve sur cette video, ou sont professionalisme etait avec lui ce jour
nos methodes sont differente et je pense que c'est pour ca que cela nous etonnes.

ludo45 a dit…

On peut être surpris de pénétrer dans une pièce enfumée sans moyens en eau, pour les ricains non, toutefois pour un sauvetage même cher nous il vas bien falloir faire quelque chose rapidement et même sans moyens en eau. Par contre on est pas prêt à évacuer aussi efficacement, la technique du "bailout" vas contre beaucoup de nos habitudes (mais sont elles bonne). Je pense que Rick a fait ce qu'est censé faire un pompier, à savoir sauver des vies en prenant des risques mesurés. Sur la vidéo on ne vois pas d'affolement, que des professionnels du feu qui agissent avec calme et compétence face à une situation difficile. Un grand bravo à Rick pour cette action qui si il y avait vraiment eu une victime dans cette chambre aurait pu peut être la sauver ou au moins faire écran avec son corps lors de l'EGE pour minimiser les brulures.
Maintenant posons nous des questions pertinentes sur nos techniques opérationnelles des sauvetages des sauveteurs par eux mêmes ou par d'autre binômes (y en à pas? Ha bon?), et imaginons nous dans les mêmes circonstances et le résultat de nos techniques d'utilisation des échelles sur ce cas précis.
Quelqu'un à dit "toute critique est constructive", soit, mais quand celle-ci s'appuie sur des images de mauvaises qualité et un minimum de renseignement elle est plutôt destructive, le terme exact devrait être "toute critique DOIT être constructive" et devrait servir la connaissance. J'espère une évolution dans notre profession avec une prise en comte des techniques déjà existantes en les adaptant si besoin, et surtout n'inventons rien. Restons humbles.

NS a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
NS a dit…

Bonjour à tous!!

En effet les arguments qu'il avance sont très pertinents, et surtout que dans cette situation, le peu de temps qu'il possédait pour agir rendait la situation encore plus délicate.
Mais après il faut se poser les bonnes questions, et surtout être conscient des actions que l'on va être amené à effectuer.
C'est très difficile de savoir ce qu'il aurait fallu faire dans cette situation...
Mais des questions se posent:
Faut il entrer sans moyen en eau, surtout par une fenêtre, là ou les fumées sortent???
Faut-il à tout prix sauver, quand la victime n'est pas accessible ou du moins n'est pas visible, et par la suite avoir d'autres victimes?
Pour conclure, je dirai que la notion de victime est à prendre avec délicatesse!!Si on a vraiment une victime à l'intérieur d'un pavillon ou d'un appartement et que les conditions sont très défavorables, vaut il la peine de risquer sa vie pour une victime déjà "très mal en point".
Et en sachant que le pompier, lui à ses EPI allez donc poser la question à la supposée victime si pour elle, les conditions sont praticables, en sachant qu'elle est surement en soutifs dans sa chambre...

Laurence a dit…

bonjour,

cette vidéo qui a suscité de nombreux commentaires outre atlantique,est très intéressante et le pompier qui s'est engagé dans la pièce en feu,a appliqué la fameuse phrase:risk a lot,to save a lot.ce choix peut paraitre incensé à nous,européens mais fait parti du service incendie aux USA.

la technique de "bail" out décrite dans cet article,montre ainsi que parfois le système D,peut sauver le pompier.le "bail out" peut être pratiqué à l'aide d'un tuyau parfois,sur certaines interventions.je ne sais pas si une telle technique sera un jour appliquée ici,en France.un ami instructeur américain dit du "bail out",qu'il n'est pas une réelle technique en elle même:plus une sorte de moyen pour sauver sa peau quand la situation dégénère en intervention.à chacun de forger sa propre opinion....

Stéph a dit…

Bonsoir,

Personnellement je dois avouer être surpris par le commentaire de notre lecteur NS.
En effet, en dehors de quelles circonstances devons prendre des risques si ce n'est dans le cas d'un sauvetage ?
S'il est bien un cas où il FAUT prendre des risques c'est bien celui-ci. Alors, en effet cela ne se fait pas n'importe comment, il convient de connaitre le feu, de savoir le lire, apprécier son stade de développement.
Comment considérer que l'on ne doit pas s'engager au prétexte qu'une victime éventuelle serait en sous-vêtement et donc plus vulnérable que le sauveteur en tenue de feu ?
Que dire alors des enfants qui souvent se réfugient sous les lits, dans les placards, etc.. et se retouvent de fait moins exposés au rayonnement et à l'ambiance thermique de la pièce ? Faut-il les sacrifier pour éviter aux pompiers de prendre des risques ou parce qu'il n'y a pas de moyen en eau immédiatement disponible ?
Il faut savoir prendre des risques calculés et il convient en la circonstance de rendre hommage au professionnalisme et au courage de Rick des pompiers d'Indianapolis.
Son exemple doit nous amener à réfléchir.
Le sauvetage est l'essence même et la raison d'être de notre métier.
FIRETEX

Robert a dit…

Autre Culture de l'Incendie!Respect

Restons Humble.

Robert

coupafred a dit…

je constates que la critique est facile, surtout dans son canapé en visionnant la vidéo !!! mon avis, c'est que dans ses conditions et à l'instant précis, le sauvetage était une priorité. les signes permettaient de tenter une pénétration, et j'aurais certainement fait comme lui...Avec un moyen en eau, car en France nous travaillons comme cela. pour le reste, chapeau pour le courage et le professionnalisme.