26 mars 2009

Vent, Enter, Search...

"Ventiler, entrer, rechercher" est une technique offensive de recherche et/ou de sauvetage fréquemment employée par les pompiers d'Amérique du nord, et plus particulièrement par ceux affectés sur les "compagnies d'échelles aériennes" dont il s'agit d'une des missions premières au même titre que le forcement d'accès, les reconnaissances ou la ventilation opérationnelle.

Ce savoir faire a été inventé puis développé par le FDNY depuis les années 70 afin de réduire le nombre de victimes lors de feux de bâtiments, dont les deux tiers périssent encore aussi bien dans les habitations individuelles que collectives.
(NB la problématique est identique en Europe).

En quoi consiste t elle ?
La technique VES a pour but de permettre une pénétration rapide depuis l'extérieur d'un bâtiment dans un local de petite dimension, généralement une chambre, afin de procéder à une recherche d'éventuelles victimes. Celle-ci s'effectue après avoir contrôlé l'apport de comburant en procédant à la fermeture de la porte desservant la pièce concernée afin de retarder le développement du feu.

Opter pour cette technique permettrait d'optimiser, dans certains cas, la réalisation de notre mission première, à savoir le sauvetage de vie(s) humaine(s). L'apport concret repose sur l'utilisation de certains équipements spécifiques liée à une formation à la hauteur de l'enjeu :


- Equipements : Tenue de feu textile, outil de forcement type barre Halligan, Emetteur-récepteur portatif individuel, caméra thermique, dispositifs de sauvetages, échelles à main, etc...

- Formation : Maniement des échelles à mains, forcement d'accès, recherche et dégagement de victimes non visibles sous ARI, lecture du feu, techniques de survie etc...

QUAND ?

En cas de notion de victimes (message radio en cours de transit, informations émanant des témoins, éléments recueillis lors de la reconnaissance (lumière allumée, feu en période nocturne, voiture garée dans l'allée, etc..) confirmant la présence probable de victimes,

Où ?

Selon la lecture du feu combinée à la lecture du bâtiment, les volumes "cibles" d'après témoignages ou susceptibles de comporter des victimes vont être repérés lors du "tour du feu"


La majorité des feux mortels survenant la nuit, les chambres sont une cible prioritaire de recherche. (Particulièrement en France vu le très faible taux d'équipement en Daaf et l'absence de culture du risque incendie !).

Plus généralement, les volumes adjacents au feu ou situés au(x) niveau(x) situés au dessus du feu constituent aussi des "pièges" du fait de la propagation des fumées dans lesquels on découvre souvent des victimes intoxiquées voire inconscientes.

A contrario, une pièce présentant les signes d'alarmes de l'EGE ou un feu développé sont incompatibles avec la survie.

En cas de feu développé au RDC ou de propagation par l'escalier, les chambres sont inaccessibles par les communications existantes.

Donc,
depuis l'extérieur, au moyen d'échelles à main ou aérienne, un binôme accède à la fenêtre.




COMMENT ?

Exemple par le RETEX ci-dessous.

Après reconnaissance et prise en compte du témoin, la chambre d'une victime piégée est "ciblée" face B. Le feu développé en face A dans une pièce située au premier étage empêche l'accès à celle-ci par l'intérieure. Une échelle à coulisse est dressée pour accéder à la fenêtre.

Celle-ci est encore intacte mais noircie par les fumées, signe de non confinement par rapport au feu. Sans quoi, si la porte de la chambre était fermée, seule une fumée grise et légère issue de ses interstices serait visible de l'extérieur.



Après avoir évalué le risque d'auto inflammation des fumées, un pompier ventile la fenêtre, teste la solidité du sol (plancher bois) au moyen de la hache ou de la barre Halligan.

















Puis, il
entre rapidement dans le volume. Seul ou à deux (l'équipier restant en principe sur l'échelle à la fenêtre pour maintenir un contact visuel ou auditif, en liaison radio).


Avant tout, il localise la porte de la chambre afin de la fermer pour se confiner du feu, puis pour bénéficier de la ventilation naturelle des fumées par la fenêtre afin d'améliorer la visibilité, réduire la chaleur et la toxicité dans ce "refuge" d'où il va pouvoir ensuite extraire la victime (LSPCC, dégagement par l'échelle).




Vu la densité, la vélocité et la couleur des fumées (voir prochaine photo) qui indiquent un feu en phase de croissance vers ce volume, fermer cette porte est impératif pour éviter que le tirage crée entre le feu et ce sortant n'accélère le développement du sinistre, notamment vers cette pièce !

Nota :


- La porte est souvent construite dans l'axe de la fenêtre, ce qui aide à la localiser,

- Avant de refermer la porte de la chambre donnant sur le couloir, le sauveteur y contrôle l'absence de victime visible juste derrière celle-ci ainsi que la phase de développement du feu,

- Ici, vu la lecture du feu, une lance en appui est hissée à l'étage, ce n'est pas toujours le cas, surtout quand le premier engin se présentant est une échelle aérienne,

- Dans le cas présent, les montants de l'échelle dépassent de l'encadrement de la fenêtre, contrairement à la technique originale (voir plus bas).


La recherche de victime est alors menée rapidement (aidée le cas échéant par la vision de la caméra thermique) en se guidant le long du mur, en sondant avec la main, avec le manche de la hache ou de la barre Halligan : le sol, le lit dessus/dessous, les placards, baignoire/douche etc...

Une fois localisée puis dégagée jusqu'à l'ouvrant, la victime est extraite via l'échelle.


POURQUOI ?

"Risquer un maximum, mais de façon contrôlée, pour sauver un maximum" est une doctrine opérationnelle nord américaine qui prend ici toute sa valeur.


Nota :

- Des parcours reproduisant des chambres meublées sont conçus pour l'entrainement des pompiers sous ARI et sans visibilité afin de se préparer au mieux à ces missions,

- En cas d'absence de victime, le pompier se replie via l'échelle et d'autres volumes sont éventuellement reconnus par la même technique.


Bonus :


Pourquoi les montants de l'échelle sont-ils en principe positionnés à fleur de l'encadrement de la fenêtre, à contrario de la photo illustrant le cas précédent ?


Afin de faciliter l'évacuation rapide du sauveteur (Technique du "Bailout" consistant à "plonger" tête la première sur l'échelle à coulisse) en cas de Développement Rapide du Feu ou de risque d'effondrement.


Restons humbles...

sources :
www.firefighterclosecalls.com
www.tacticalventilation.com
www.firetactics.com
www.vententersearch.com

3 commentaires:

ludo45 a dit…

le chemin pour voir arriver officiellement ces techniques chez nous est encore long, mais ne désespéreront pas. Dimanche dernier, étant d'échelle, sur un feu d'appartement dans les vieux quartier, mon conducteur et moi nous sommes "imposé" pour le forcement de la porte d'entrée fermée à clé et seul accès. et ensuite j'ai dressé mon échelle pour reco dans les étages et moyens de fuite pour le binôme engagé. ça vient, doucement mais surement, et plutôt que de voir 2 hommes à l'échelle attendre qu'ont leur donne une mission qui généralement ne vient pas (par économie du matériel ou oubli???) je préfère, sans sauvetage à réaliser, être utilisé pour soulager les équipages des fourgons. Les seuls à pouvoir changer les choses c'est les hommes sur le terrain, si on agis tous de concert.

Laurence a dit…

cet article sur la technique du vent enter search est très complet.il explique bien la façon de procéder des "truckies",pompiers étant affectés aux tower ladder,ladder....

la halligan ou sa soeur,la kelly tool barre,servent aux pompiers à "sonder" le sol avant d'entrer complètement dans la pièce enfumée et leur permet une certaine aide pour progresser et se déplacer dans la pièce ou souvent la visibilité est bien délicate,voir nulle.

la technique du "bail out head first",tête la première peut paraître risquée,surtout pour un oeil de civile comme le mien.Néanmoins mon étonnement passé,je me suis permise de poser quelques questions aux pompiers américains via le net sur cette technique appelée:bail out.elle solicite beaucoup les épaules et les muscles des épaules des pompiers pour arriver à pivoter tête la première sur l'échelle,comme la photo de l'article le montre.il est donc plus que nécessaire de s'entrainer à une telle pratique.

Laurence a dit…

je complète mon post précédent sur le bail out et ses nombreuses techniques.il se dégage 2 techniques parmi les différentes techniques:

la première appelé "hook and go "technique,qui consiste à caler l'épaule du pompier entre les 2 premiers barreaux de l'échelle:l'épaule servant de point d'ancrage et donc,laissant l'autre bras du pompier,libre le long de l'échelle.cette technique s'éffectuant tête la première.le pompier fait pivoter son corps en utilisant la force contenue dans le point d'ancrage:l'épaule.

la deuxème technique de bail out,appelée aussi butterfly(joli nom poétique),consiste à utiliser la force des bras et avant bras,voir photo de l'article.le pompier agrippe le 2ème barreaux de l'échelle avec sa main et son autre bras reste libre de glisser quelques barreaux plus bas,pour ensuite attraper un autre barreau,et faire pivoter son corps dans le bon sens.

résumé:2 méthodes différentes:une qui sollicite l'épaule et donc,ne requiert pas la force des bras et l'autre méthode,plus sécurisée selon les pompiers US,la méthode butterfly qui permet une meilleure "prise" avec les mains et fait travailler les muscles des avant bras.