24 févr. 2009

Deux pompiers belges grièvement brûlés

Accident survenu en opération à deux pompiers belges de Diksmuide.

Nous remercions Dirk Coopman des pompiers de Diksmuide pour la transmission de cette information, Philippe Filleul pour la traduction (le texte d’origine étant rédigé en Flamand) et Cédric Scheen pour nous avoir retransmis ce document.

Le 21 janvier 2009, une entreprise procède à des travaux d’isolation sur une habitation à Diksmuide en Belgique. Ces travaux sont réalisés par apport d’une mousse polyuréthane (PUR) à 2 composants sous la toiture. Dans la matinée déjà, les employés ont constaté un léger dégagement de fumée accompagné d’une odeur de brûlé dans un coin où du PUR avait été appliqué.
Cet incident a été maîtrisé avec les moyens d’extinction de l’entreprise. Le PUR a alors été retiré suivi d’une nouvelle application. A la reprise du travail en début d’après-midi, les ouvriers constatent de nouveau cette odeur de brûlé et décident de faire appel aux pompiers.
Informations concernant le produit utilisé (PUR)
Il s’agit d’une mousse de polyuréthane à deux composants :
• Resinol AL 800
• Urestyl 10
Ces produits sont chauffés à 45°C et restent séparés jusqu’au pistolet d’application fonctionnant sous une pression de travail de 40 bars. Les tuyaux sont également chauffés à 45°C. Les ouvriers de la société se protègent avec un masque et l’air est constamment aspiré. La mousse est appliquée sur épaisseur de 2 à 3 cm.



A l’appel, il est seulement fait mention d’un "petit feu" sans autres notions particulières et conformément à la procédure locale, un départ constitué d’une autopompe semi-lourde, d’un camion-citerne et de l’officier de garde est dépêché sur les lieux. A leur arrivée sur les lieux, les pompiers effectuent une reconnaissance et constatent que les ouvriers sont toujours à leur poste de travail.

Description succincte de l’habitation : Il s’agit d’une villa de plain-pied construite dans les
années 70 dont la toiture est composée d’une charpente en bois, d’une couche
de contreplaqué sur laquelle est appliqué un revêtement d'étanchéité bitumineux.
L’accès à la sous toiture se fait via une trappe amovible s’ouvrant depuis le hall d’entrée du pavillon.
A l’arrivée des pompiers la porte d’entrée était ouverte ainsi que la trappe
et son escalier d’accès au grenier.

L’officier de garde fait une reconnaissance puis regardé par la trappe ne remarquant ni odeur de brûlé, ni de sensation de chaleur, seulement un léger dégagement de fumées à peine visible.
Il est suivi par un adjudant volontaire (père d’une des victimes) qui lui non plus ne remarque rien d’inquiétant, aucun signe précurseur de phénomène thermique.

Ordre est alors donné au binôme composé du caporal Johnny Beernaert et du sapeur Bart
Sansen de monter sous la toiture en tenue complète avec appareil respiratoire afin de procéder à l’extinction au moyen d’un extincteur CO2, en effet, les ouvriers ont précisé qu’il convient de ne pas utiliser d’eau (l’enquête n’en a pas encore déterminé la raison précise).

Alors que le binôme vient de s’engager, les pompiers restés à l’extérieur observent un dégagement de fumée blanche suivi d’un nuage "jaune-vert" le tout accompagné d’un bruit court "woem" et d’une odeur inhabituelle. Ensuite, la maison se retrouve complètement entourée d’une fumée sombre qui se dissipe rapidement.

C’est alors que se produit un phénomène qui va grièvement brûler nos deux collègues. Des cris sont entendus, les pompiers à l'extérieur se précipitent au secours de leurs collègues. Le caporal se trouve encore au sommet de l’escalier tandis que le sapeur est déjà engagé dans le grenier. Ils sont tous les deux conscients et souffrent énormément.

Les pompiers se présentent à 13h45 et la demande d’ambulance est à 13 h 50.
Le phénomène s’est donc produit durant ce très court laps de temps.
A ce jour, la cause de l’accident n’a pas été établie avec précision.


Les 2 pompiers (qui sont encore aujourd’hui maintenu dans le coma et de qui nous savons
grâce à une brève reprise de conscience de Bart à l’hôpital universitaire de Gand : «Nous
avons vu que ça n’allait pas») n’ont pas encore pu être interrogés par la justice.

Les photos des vêtements laissent imaginer ce qui a pu se produire qui est considéré par le parquet et les pompiers comme une détonation de gaz inflammables au cours de laquelle une très haute température a été atteinte.


Reste à déterminer ce qui a causé ce phénomène ?

(Mousse de polyuréthane très combustible et à fort pouvoir énergétique, matériau utilisé chaud, application ayant pu faire pyrolyser d’autres matériaux, arrêt du système de ventilation lors du retrait des ouvriers,).
Selon un des ouvriers, il semblerait que du toluène soit libéré lors de l’application du PUR. Autre cause possible de réaction ?
Il faudra attendre de disposer de plus d’informations permettant d’étayer des hypothèses.


Les brûlures des 2 victimes sont les suivantes
:

Bart Sansen: 25% du corps principalement au 3ème degré avec par endroit du 3ème degré
profond. Avant-bras, mains, épaules et face.

Johnny Beernaert: 30 % du corps : Mains et bras au 3ème degré, épaules et face au 2ème
degré profond et le reste au 2ème degré superficiel.

Dans l’attente, nous adressons nos plus sincères vœux de prompt rétablissement à nos collègues de Diksmuide.

RETEX
Fort heureusement, malgré les signes ne laissant rien présager de très sérieux, nos collègues ont été engagés équipés de leur tenue de feu complète avec ARI capelé. On n'ose à peine imaginer les conséquences de l'accident si tel n'avait pas été le cas !
Restons humbles.

19 févr. 2009

HIVER : Chaussées glissantes

Chaussées glissantes

En période hivernale, et tout particulièrement en cet hiver 2009, les chaussées sont fréquemment rendues glissantes par les chutes de neige et l'apparition des plaques de verglas.
Quelques précautions s'imposent car, en règle générale, les conducteurs ne sont pas bien (voire pas du tout) préparés à la conduite d'engins d'incendie et de secours en conditions d'adhérence limitées.
Un camion-citerne glisse et s'échoue dans un fossé

Source : www.firefightersclosecall.com

Alors qu'il se rendait sur les lieux d'une explosion le 28 janvier dernier, le camion-citerne du service d'incendie de Crofton (Kentucky) a glissé sur une plaque de verglas et a quitté la chaussée s'échouant latéralement en contrebas. Bilan : deux pompiers volontaires blessés légèrement (ils avaient bouclé leur ceinture de sécurité) et un engin d'incendie hors d'usage.

Le fourgon-pompe glisse tout seul

Source : www.firefightersclosecall.com

Le même jour, c'est l'équipage d'un engin-pompe des pompiers du Comté de Faixfax (Virginie) qui, alors qu'il intervient pour porter secours à un accidenté de la route, a la désagréable surprise de voir son véhicule glisser tout seul sur la chaussée malgré le frein de parc serré. Fort heureusement, l'incident ne fera pas de victimes et se soldera par des dégats matériels limités pour le pumper.

Feu de pavillon : Glissade pour le pumper
Source : www.firefightersclosecall.com

Engagés sur un feu de pavillon survenu en Pennsylvanie le jour de la Saint Valentin, les pompiers affairés à lutter contre les flammes ont la désagréable de voir leur pumper dévaler la pente sur le chemin enneigé malgré le frein de parc serré et la prise de mouvement engagée. La course folle de l'engin s'arrête sur un talus à quelques dizaines de centimètres de la maison sinistrée sans pour autant interrompre le fonctionnement de la pompe qui va continuer à refouler et à alimenter les lances ! Plus de peur que de mal.

RETEX
  • Adapter la conduite et la vitesse de déplacement aux conditions météo et d'adhérence,
  • Former les conducteurs à la conduite des engins d'incendie et de secours en conditions de perte d'adhérence,
  • Equiper les engins des équipements spéciaux et adaptés (pneus neige, chaînes, etc...),
  • Anticiper (pour les conducteurs et chefs d'agrès) sur le comportement des autres usagers de la route qui ne pourront pas forcément réagir aux signaux de demandes de priorité,
  • Stationner les engins sur une surface plane (dans la mesure du possible),
  • Caler les véhicules en déneigeant si possible sous la cale pour améliorer l'adhérence,
  • Etc...

SOYEZ PRUDENTS

Rouler vite c'est bien, Arriver au feu, c'est mieux !

17 févr. 2009

DAAF : La loi est votée !




Amendement voté Mardi 10 février 2009.

La semaine dernière, dans le cadre du vote d'un texte de loi relatif au logement présenté par Mme Christine Boutin, l'Assemblée Nationale a adopté un amendement visant à rendre obligatoire l'installation de systèmes de sécurité permettant la détection de fumée. Une fois la loi entrée en vigueur, les français auront un délai de cinq ans pour équiper leur logement.

On ne peut que se réjouir de cette excellente nouvelle car ce projet de loi était depuis trop longtemps en sommeil et en attente.

Il nous reste maintenant à attendre les décrets d'application qui préciseront les modalités d'application du texte.

Il convient de saluer le travail et la persévérances des deux députés à l'origine de ce projet de loi à savoir Mrs Pierre Morange (UMP) et Mr Damien Meslot (UMP) ainsi que de tous ceux qui ont oeuvrés pour faire aboutir cette démarche, première étape d'un processus qui devrait aboutir à une diminution conséquente du nombre de victimes des incendies domestiques en France dans les années à venir.

Pour un maximum d'efficacité, cette loi devra être accompagnée d'une campagne d'information afin d'expliquer la conduite à tenir en cas d'incendie, mission dont sera chargé l'INPES a déclaré la ministre du logement.

Source : Le Figaro du 10 février 2009


Incendies domestiques, un fléau aux lourdes conséquences : Quelques chiffres.

  • 10 000 victimes chaque année, dont près de 800 décès, (dont 1/3 d'enfants de moins de 14 ans),
  • 80% des décès sont dus à l'intoxication par les fumées d'incendie,
  • 80% des décès sur feux sont imputables aux seuls incendies d'habitation alors que ceux-ci ne représentent que 25 % des sources d'incendie,
  • le feu est la première cause de mortalité chez les enfants de moins de 5ans,
  • Le coût des incendies domestiques est estimé par les compagnies d'assurance à environ 1,3 milliards d'euros (supérieur de 160 % à celui du vol et de 30% à celui des dégâts des eaux) et encore ce chiffre ne reflète que la part des dégâts matériels pris en charge par les compagnies d'assurances, sans tenir compte des dépenses des services de secours dont la charge revient aux collectivités territoriales.

L'incendie est un fléau en progression depuis 20 ans notamment par l'absence de culture de prévention du risque incendie chez les particuliers.



7 févr. 2009

Effondrement de chaussée

CCF englouti !
Source photo : RV
"Chef, le CCF a disparu dans un trou !"

On imagine aisément la suprise de l'équipage de ce CCF lorsqu'il a retouvé le lourd véhicule tout terrain partiellement englouti dans un trou sous la chaussée suite à une intervention lors d'inondations.

USA : Situation quasi identique


L'équipage de la 8° Cie d'échelle du Jersey City Fire Department et son conducteur ont eu la même surprise lorsqu'un énorme bruit s'est fait entendre alors qu'il procédait à une reconnaissance dans le cadre d'une banale intervention pour fuite d'eau le dimanche 1° février dernier.
EFFONDREMENT DE CHAUSSEE
Ce genre d'évènement est difficilement prévisible sauf à remarquer la présence de fissures annonciatrices sur la chaussée.

Cependant, lors d'interventions pour inondations, il faut envisager ce risque d'érosion des terrains dus aux forts écoulement d'eau à fort débit et grande vitesse.

Les périodes hivernales post dégels sont elles aussi propices à ce type de risques, les chaussées étant fragilisées par les écarts de températures important.


En résumé, il faut toujours s'attendre à l'imprévisible !

5 févr. 2009

Québec : Sanctions suite au décès de 2 pompiers

DEUX MUNICIPALITES QUEBECOISES SANCTIONNEES SUITE AU DECES DE DEUX POMPIERS EN SERVICE COMMANDE EN 2008



Pompier Mathieu Emond


Pompier André Manseau


Au Canada, deux municipalités de la province de Québec se sont vues infliger des amendes d'un montant respectif de 5000 et 20.000 dollars canadiens pour carence de formation adaptée prodiguées à leurs pompiers volontaires.

L'enquête conduite suite au décès en service commandé de deux pompiers démontre que les municipalités de Varennes et de Val des Monts ont fait preuve de négligences graves ayant entrainé une mise en danger de leurs pompiers par carence de formation adaptée sur l'usage de leurs équipements et matériels.

Le pompier Mathieu Émond agé de 26 ans est décédé le 4 mars 2008 lors de l'attaque d'un feu d'appartement à Varennes.
Cinq jours plus tard c'est à Val des Monts que le pompier André Manseau, agé de 18 ans, trouve la mort alors qu'il lutte contre un feu de garage.

Concernant l'accident survenu au pompier Mathieu Emond, il semble qu'un problème soit survenu sur une valve de son ARI qui se serait refermée accidentellement. Selon un des enquêteurs, Mathieu n'aurait pas été formé pour apprendre à réagir face à ce type de problème en situation opérationnelle.

Dans le cas d'André Manseau, l'enquête a révélé qu'il n'y avait pas assez de postes ER pour que les pompiers de Varennes puissent communiquer entre eux, et qu'André, agé de seulement 18 ans, n'était pas suffisamment encadré causant une incompréhension suite à un ordre qu'il aurait interprété comme lui enjoignant de retirer son masque pour ..."économiser de l'air" !

Dans les deux cas, il a été démontré que la formation des pompiers à l'utilisation de l'ARI était insuffisante et ne les préparait pas à réagir en mode dégradé.

Au cours des cinq dernières années, ce ne sont pas moins de six pompiers volontaires québecois qui ont perdu la vie en service commandé dans des situations similaires.

Tous les pompiers reçoivent une formation minimale mais les procédures de sécurité et de conduite à tenir en mode dégradé varient d'une ville à l'autre.

La commission ne déterminera le montant définitif des sanctions financières imposées aux municipalités concernées qu'après avoir procédé à une nouvelle inspection des corps de pompiers afin de constater d'une part, quels enseignements on étés tirés de ces deux drames et, de manière plus concrète, quelles améliorations ont été apportées notamment à la formation des pompiers suite à ces deux décès.

Vous avez dit réactivité ?


Moins d'un an après la disparition de nos deux collègues dans des conditions tragiques des sanctions sont prises à l'encontre de deux municipalités employant ces deux pompiers volontaires mais aussi mesures incitatives et de contrôle visant à s'assurer que des mesures correctives ont été prises suite à ces accidents.

Le volet répressif ne nous interresse pas particulièrement, à contrario, l'aspect constructif (mesures correctives apportées) nous interpelle beaucoup plus.

Imaginons la même situation en France : Grosses réactions d'émotion suite à ces accidents, en tous cas dans la profession (car nous avons bien constaté lors du décès de notre camarade de Narbonne que la couverture médiatique avait été très limitée).

Ensuite, blocage des informations (ouvrant la porte à toutes les hypothèses) car prise en compte de l'enquête par la justice (et par le BPAE) donc pas d'infos ni de commentaires.

Dans quelques mois/années, l'enquête sera close, aucune information ne sera transmise, le dossier sera classé et les résultats de l'enquête du BPAE ne seront vraisemblablement pas diffusés car contenant des informations nominatives (alors qu'une version rendue anonyme suffirait, peu importent les lieux et noms, les faits et recommendations suffisent).

RESULTAT : Décès attribué à la "fatalité" et aux "risques du métier" sans enseignements concrets tirés visant à empêcher que des drames similaires ne se reproduisent.

Faisons le pari et donnons nous rendez-vous dans un an pour voir quels enseignements auront été tirés de l'accident de Narbonne (formation adaptée, sauvetage du sauveteur, EPI, etc...) avec diffusion à l'ensemble de la profession au niveau national.

En écrivant ces lignes, nous espérons sincèrement nous tromper, que les choses vont enfin changer et que la réactivité sera de mise au profit d'une meilleure efficacité du service rendu à nos concitoyens et de la sécurité des intervenants.

Que nos collègues André et Mathieu ainsi que Jérôme reposent en Paix et que leurs familles soient assurées de notre profond respect.

FIRETEX
Source : http://www.firefightersclosecall.com/

CONTACTS, INFOS ET SUGGESTIONS

Bonjour,

Vous êtes de plus en plus nombreux à visiter le site FIRETEX et nous en sommes ravis.

Aussi, si vous souhaitez réagir aux posts, n'hésitez pas à nous faire part de vos réactions en cliquant sur le mot "Commentaires" situé en bas à droite de chaque message.

Vous pouvez aussi nous contacter par mail ou nous transmettre des propositions de RETours d'EXpériences en nous écrivant à l'adresse suivante :
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Toutes les informations relatives à des accidents survenus en opération sont les bienvenues non pas pour faire de la "mauvaise presse" ou du "voyeurisme mal placé" mais bien pour échanger et apprendre, pour prendre conscience des risques nombreux et multiples auxquels nous sommes confrontés et aussi des moyens de s'en prémunir.
Ces informations peuvent être rendues "anonymes" (dates, lieux, service et/ou personnes concernées) pour éviter tout problème ou "jugement".
Ce n'est pas là le propos, bien au contraire. Il s'agit de comprendre, de tirer les enseignements et d'apprendre des erreurs, accidents et incidents survenus.

Si vous souhaitez être ajouté à la mailing list et ainsi être averti par mail des mises à jour du site, indiquez nous votre adresse mail à FIRETEX911@Gmail.com

N'hésitez pas à faire connaitre l'adresse du site à votre "entourage pompier", plus nous serons nombreux à échanger, plus nous progresserons.

Merci d'avance de votre collaboration et de votre participation active.

FIRETEX

2 févr. 2009

RETour d'EXpérience


Vous qui êtes de fidèles lecteurs de FIRETEX connaissez maintenant l'esprit qui anime ses "rédacteurs", c'est à dire apprendre, se remettre en cause et s'améliorer en analysant les situations et ce sans volonté aucune de montrer du doigt ni de dénigrer mais bien au contraire d'apporter des éléments constructifs d'amélioration du savoir et de la connaissance.


Vous êtes friands de RETour d'EXpérience, alors nous vous invitons à consulter régulièrement les colonnes de Soldats du Feu Magazine qui, dans chaque numéro, présente une rubrique retour d'expérience.

Les sujets abordés sont très divers mais tous des cas concrets, traités et analysés avec beaucoup de rigueur et d'objectivité et sont riches d'enseignements.

Leur exploitation dans un contexte de formation peut s'avérer particulièrement interressant et constructif au profit des élèves comme des formateurs.


SFm 25 : Feu de la station de métro King's cross à Londres.



SFm 26 : Feu de pavillon à Blaina (Royaume Uni) illustré par René Dosne.

SFm 27 : Feu de camping-car à Versailles.

SFm 28 : Feu de magasin de meubles à Charleston (USA).


SFm 29 : Feu de paquebot à Saint Nazaire.

SFm 30 : (Couverture illustrée en Actualité colonne de doite) Feu de dépot d'engrais à Nantes.

Vous pouvez aussi cliquer sur le lien vers le site Internet de Soldats du Feu Magazine.

Bonne lecture.

1 févr. 2009

Combien d'engins au départ ?

Fumée sur un appareil électrique…

2007 : Quelque part en France.

A 12 h 00, le CCR du CSP est engagé seul (en lieu et place du FPT qui est indisponible) pour « fumée sur appareil électroménager ».


Les informations complémentaires fournies par le CTA précisent qu’il s’agit d’une fumée blanche et que le demandeur n’était pas affolé.

En cours de trajet, le chef d’agrès demande aux binômes de s’équiper d’ARI et à l’approche de l’adresse constate que le quartier est enfumé.

A l’arrivée des secours, la surprise est totale, la situation est totalement différente de celle annoncée au départ :

  • un important panache de fumées grises et noires se dégage d’un pavillon,
  • le requérant n’est pas présent,
  • un témoin indique qu’il pense que la personne est chez elle.

Le bâtiment sinistré est un pavillon individuel Type R+1, architecture en « L ».

Au rez de chaussée, on trouve une salle de séjour et une cuisine que jouxte par un cellier.

Le cellier comprend deux niveaux, dans la première partie se trouvent deux appareils électroménagers (lave-linge + lave-vaisselle) et un stockage de divers produits d’entretien tandis que la seconde partie est aménagée en mezzanine et sert de chambre à coucher.

Lors de sa reconnaissance, le chef BAT constate que le cellier est enfumé et il aperçoit aussi des flammes. Puis il constate que le volume s’embrase de manière soudaine
(comme une allumette selon ses propos).
(Schéma : le feu est symbolisé par l’ellipse rouge).

Tandis que le BAT poursuit l’établissement de sa lance, un souffle se produit avec un embrasement instantané de la cuisine suivi d’une rupture de la fenêtre.

Une LDV 500 est établie sur division alimentée. Dans son premier message, le chef d’agrès demande une pompe, une échelle et un VSAB en renfort.

  • Le BAT débute la phase d’extinction, le BAL pénètre dans le pavillon avec pour mission la recherche de la victime,
  • Les engins de renfort demandés par le chef d’agrès se présentent rapidement :
    (1 EPA, 1 FPT, 1 VL Chef de groupe, 1 VSAB) entre + 10 et + 15 mn après la demande de
    renforts,
  • L’EPA procède à la création d’exutoires en toiture (évacuation des gaz chauds),
  • Le BAL informe le chef d’agrès qu’à l’issue de la recherche, il n’a pas découvert de victime à l’intérieur du pavillon,
  • Le requérant se présente alors au chef de groupe, en bonne santé, exprimant sa colère face au délai d’intervention trop long….

    La suite de l’intervention se déroulera sans incidents.

    RETEX
VICTIMES POTENTIELLES : De nombreuses personnes sont présentes dans la rue au moment des faits (jour et horaire de l’intervention), un témoin informe les pompiers que le requérant est à l’intérieur (ce qui s’avérera inexact…).

Fragilité du témoignage humain…

POLICE : Elle a réalisé un périmètre de sécurité et a fermé la rue.

EXPOSITION DES PERSONNELS : Les personnels chargés de l’attaque ne se sont pas placés face aux ouvrants ce qui a évité de les exposer aux risques liés à la survenue du flashover.

ECHELLE AERIENNE : Mise en station dans la rue face au pavillon, le personnel de l’échelle procédera à la création d’exutoires en toiture afin d’évacuer les fumées ayant envahi le pavillon.
Le chef d’agrès de la pompe avait anticipé en libérant l’emplacement nécessaire à la mise en station de l’échelle.

POINTS D’EAU : Pas de problèmes d’alimentation en eau, les hydrants étant nombreux et bien répartis.

MOYENS ENGAGES : Les moyens engagés à l’appel étaient insuffisants (1 seule pompe) mais conformes au plan d’engagement des moyens prévus dans le sdis concerné au vu de la nature de l’appel.
Ceci confirme bien, si besoin était, qu’il ne faut accorder qu’un crédit limité aux informations recueillies à l’appel et plutôt procéder à des choix « aggravants ».
Il est en effet plus facile et surtout plus rapide d’arrêter des engins engagés (qui redeviennent disponibles radio en retour) que d’attendre d’arriver sur les lieux pour s’apercevoir que le feu est plus important qu’estimé au départ et qu’il est nécessaire de compléter le train de départ avec des moyens supplémentaires.

Analysons l’opération mentionnée : « Fumée sur un appareil électroménager »

Avec cette information, plusieurs lectures sont possibles :

Option 1 : MINIMALISTE = ce n’est pas grand-chose = 1 pompe seule suffira.

On peut en la circonstance s’apercevoir que cela s’avérera erroné et
entrainera un retard conséquent dans la mise en œuvre d’une tactique
adaptée, à savoir :
Attaque + création d’exutoire simultanée + recherche de victime +
prévision itinéraire de secours + mise en place d’un binôme de sécurité
.

Conséquences :
  • Attaque en mode dégradé compte tenu des moyens et effectifs disponibles,
  • Retard dans la mise en œuvre d’une tactique de ventilation (création d’exutoire en toiture),
  • Retard dans l’alimentation (BAT employé en priorité dans la mission de recherche de victime), l’engagement au départ d’une deuxième pompe aurait permis au chef d’agrès de compter sur 3000 l d’eau supplémentaires le soulageant ainsi du souci de l’alimentation,
  • Pas de possibilité de mise en place d’un itinéraire de secours pour le binôme engagé dans le pavillon,
  • Pas de binôme de sécurité ni de gestion du tableau de contrôle ARI faute de personnel en nombre suffisant.

En clair, une gestion de l'opération en mode dégradé permanent.

Option 2 MAXIMALISTE : Fumée = Feu donc DN = 2 Pompes + 1 Echelle aérienne + VSAB
(éventuellement complété par un porteur d’eau en secteur mal desservi en hydrants)

Traduction tactique

En résumé, le sous dimensionnement des moyens engagés à priori (1 seule pompe) est une erreur car en cas de feu avéré, cela se traduit par une mise en œuvre de l’attaque en mode dégradé limitant l’efficacité du service rendu au public et pénalisant les pompiers faute de moyens et personnels suffisants (aucune marge de manœuvre).

De plus, la notion d’économies potentiellement réalisables est erronée car en cas de feu avéré il faut quand même demander des moyens complémentaires, souvent plus nombreux, et qui arriveront avec du retard par rapport à un engagement à l’appel.

La conséquence est une attaque en mode dégradé, moins efficace et engendrant des dégâts par le feu plus importants sans parler des limitations en termes de capacité de sauvetage, le tout en pénalisant les conditions de sécurité des intervenants.

Nombre d’élus et de décideurs des services d’incendie se rassureront en pensant que les moyens ont malgré tout été engagés et que les dégâts ne sont finalement dus qu’au feu et pas à un engagement de moyens sous dimensionnés et tardifs.

Dans la réalité, les dommages pour les biens des sinistrés sont plus conséquents, les compagnies d’assurance doivent rembourser des sommes plus importantes avec pour effet indirect des cotisations plus élevées pour tous les assurés.
De plus, les coûts générés pour le service d’incendie seront finalement plus importants car il aura fallu plus de moyens sur une durée plus longue.

Où sont donc les économies REELLEMENT réalisées ?

A contrario, un engagement adapté DES L’APPEL pour Feu de bâtment se traduisant à minima par l'engagement de 2 pompes + 1 échelle aérienne :

  • fait gagner de précieuses minutes,
  • permet des choix tactiques plus pertinents par la première pompe (moins de soucis d’alimentation notamment),
  • autorise la réalisation de plusieurs missions simultanément,
  • permet la réalisation de sauvetages plus rapidement tout en procurant des conditions de travail beaucoup plus sécuritaires pour les sapeurs pompiers.

    Au final, dans la grande majorité des cas, la mission sera menée à bien beaucoup plus rapidement limitant ainsi le coût de l’opération tout en permettant de remettre plus rapidement les engins en service.

    En résumé :
  • Il n’y a pas de petit feu,
  • Ne pas se fier aux informations des appelants, toujours avoir une vision aggravante,

Qui peut le plus peut le moins, le contraire n’est pas vrai
1 pompe seule = 3000 l d’eau et 6 SP,
à comparer avec
2 pompes = 6OOO l d’eau et 12 SP + 1 échelle = 2 SP + soutien sanitaire = 3 SP soit au total 17 SP auxquels se rajouteront 1 chef de groupe,

Un engagement minimaliste pénalise les conditions d’efficacité (qualité du service rendu au public) et de SECURITE des sapeurs-pompiers (pas de binôme de sécurité, pas de mise en place d’itinéraire de secours, pas de marge de manœuvre en cas de dysfonctionnement, etc… !

Ne serait-il pas pertinent de s’interroger régulièrement au moyen de critères d'évaluation permettant d'apprécier l’efficacité des moyens de secours et de lutte contre l’incendie, sans volonté aucune de recherche de responsabilités ni de sanction, afin d’analyser objectivement les faits et de réfléchir aux moyens visant à améliorer la qualité du service rendu au public ?

AUTRE EXEMPLE

En pleine nuit arrive un appel au 18 pour « feu sur un fil électrique à l’extérieur d’une maison » en secteur semi-rural et d’accès difficile situé à une dizaine de kilomètres du centre de secours territorialement compétent.
Conformément aux consignes et à la proposition du système informatique d’aide à la décision, un seul fourgon-pompe tonne est engagé.
Lorsqu’il se présente sur les lieux, l’équipage est confronté à une habitation à structure bois totalement embrasée.
Des renforts sont immédiatement demandés tandis que commence l’attaque sachant que le point d’eau le plus proche est situé à environ 800 mètres !
Heureusement, les occupants ont pu sortir et sont indemnes. Ceci étant, les délais d’alerte et de déplacement des engins étant incompressibles, lorsque les renforts se présentent, la maison est réduite à l’état de cendres.

RETEX

Une interprétation MAXIMALISTE de l’appel aurait du être basée sur la notion de FEU et ensuite la localisation du sinistre en secteur éloigné et semi-rural devrait être considéré comme un facteur aggravant (ce que ne prend pas en compte le système informatique).

FEU = 2 engins-pompe-tonne (minimum) + échelle aérienne
Eventuellement complété de l’analyse suivante :
Zone éloignée et semi-rurale = 1 porteur d’eau en complément (plus rapidement utilisable qu’un DA.
Nos collègues belges l’ont compris depuis longtemps et ainsi intègrent un camion-citerne dans leur train de départ pour feu hors secteur urbain. L’interprétation MINIMALISTE de l’appel a eu pour conséquences :

  • L’engagement d’un seul engin d’où une attaque sous dimensionnée et inefficace (un seul binôme à l’attaque, l’autre étant chargé de l’alimentation),
  • La destruction quasi-totale de l’habitation,
  • La nécessité d’engager encore plus d’engins à postériori,
  • une opération de plus longue durée,
  • Un engagement physique très intense des personnels sans aucune marge de manœuvre en cas de difficultés,
  • Un sentiment de frustration et d’impuissance de l’équipage du premier engin.

A contrario, un train de départ plus conséquent aurait permis :

  • Une attaque plus rapide et performante (+ d’eau et + de pompiers donc plus de points d’attaque),
  • Une alimentation gérée par la deuxième pompe qui, tout en permettant de disposer immédiatement de 3000 litres, disposait également de deux dévidoirs mobiles supplémentaires,
  • De limiter les dommages causés par l’incendie,
  • De ne pas travailler en mode dégradé,
  • D’avoir un engagement « mesuré » des personnels donc plus sécuritaire,
    Et vraisemblablement au final, l'opération aurait certainement été gérée avec les engins engagés au départ…

P.S : les photos utilisées pour illustrer ce post n'ont aucun lien avec les opérations mentionnées et ne sont là que pour illustrer les propos.

Tempête Sud-Ouest : Pompiers blessés

En milieu de semaine, un bilan des opérations d'assistance aux populations du Sud-Ouest touchées par la tempête faisait état de plusieurs blessés parmi les sauveteurs :

  • 1 pompier du Gers blessé à la hanche lors d'une opération de tronçonnage,

  • 1 pompier de l'Aude gravement blessé par une chute d'arbre,

  • 1 pompier des Pyrenées Orientales blessé à la main,

  • 1 pompier des UISC blessé légèrement,

  • 1 pompier blessé au pied dans l'Ariège,

  • 1 pompier des Pyrénées Orientales blessé gravement à l'oeil lors d'une opération de tronçonnage,

  • 3 pompiers blessés (1 grave, 2 légers) lors d'un accident de circulation dans le Gers,

  • 1 pompier des Alpes -Maritimes blessé léger lors d'un élagage.

Photos Laurent Theillet (Sud-Ouest)

Nous souhaitons un prompt rétablissement à tous nos collègues et en profitons pour renvoyer au post précédent en ce qui concerne l'utilisation des moyens de protection.

De plus, les longues journées et la fatigue contribuent à une certaine baisse de la vigilance, soyons humbles et prudents.