13 janv. 2009

REACTIVITE


Réactivité

La semaine dernière avait lieu au tribunal où siège la cour suprême de l’état de New York, le procès consécutif à l’incendie de janvier 2005 au cours duquel deux pompiers de New York sont décédés et quatre autres furent grièvement blessés.

Le dimanche 23 janvier 2005, les secours du FDNY (Fire Department of New York) sont engagés pour un feu d’appartement au quatrième et dernier étage d’un bâtiment à usage d’habitation dans le Bronx.

Les conditions météo sont très défavorables, températures très basses et fortes chutes de neige.

Un certain nombre de difficultés se sont accumulées (la fameuse loi de Murphy, connue également sous le nom de loi de l’emmerdement maximum !) :
  • Difficultés de circulation (neige),
  • Difficultés d’approche du bâtiment pour les engins,
  • Hydrant gelé,
  • Chute de pression suite à problème de pompe,
  • Etc...

De plus, l’appartement concerné par le sinistre avait fait l’objet de modifications (ajout de cloisons notamment) qui ont eu pour conséquence d’empêcher les pompiers engagés dans le bâtiment d'accéder à certaines fenêtres du bâtiment.
Durant l’attaque, la pression des lances chute suite à un problème sur la pompe d’un fourgon.
Les pompiers des équipes d’attaque se retrouvent très rapidement bloqués par le feu puis se manifestent aux fenêtres à l’arrière du bâtiment.

Les flammes continuent de se propager à une vitesse fulgurante, obligeant les pompiers à sauter par les fenêtres avant même que leurs collègues n’aient pu mettre des échelles en place.

Bilan : 2 pompiers décédés et 4 blessés gravement.

Ce sinistre aura un grand retentissement parmi les pompiers et il est notamment reproché au FDNY d’avoir retiré quelques années auparavant (en 2000) les dispositifs de sauvetage individuels qui se trouvaient en dotation collective dans les pompes et les échelles.

Très rapidement, après enquête interne, il est décidé de repenser à un kit individuel de sauvetage composé d’une sacoche contenant un cordage fixé à l’extrémité d’un crochet ainsi que d’un dispositif de freinage à la descente.

Un cahier des charges est établi et un appel d’offre lancé pour la fourniture de 11000 (onze mille) kits de sauvetage individuels.

Le marché est remporté par la société française PETZL (cocorico) et en octobre 2005, les premiers kits sont distribués tandis que commence en même temps la formation des personnel qui sera réalisée sur une installation spécifique au niveau de l’école (Fire Academy) mais également au moyen d’installations mobiles qui se déplacent dans les firehouses (casernes).

Quelques problèmes techniques sont constatés au niveau du descendeur et le fournisseur se remet au travail.



Le kit individuel de sauvetage PETZL élaboré selon le cahier des charges du FDNY.

Un nouveau modèle de descendeur est mis au point et testé par le FDNY et dès la mi-janvier 2006, la distribution des kits commence et les formations se poursuivent.

Dispositif "mobile" de formation à l'utilisation du "kit de sauvetage individuel".

Vous avez dit REACTIVITE ?

En 12 mois, le FDNY aura procédé :
· à la prise en compte du drame et de son impact sur le personnel,
· à l’analyse des circonstances,
· à la validation de la nécessité de doter chaque pompier d’un dispositif individuel de
sauvetage,
· à la rédaction d'un cahier des charges,
· à l'obtention du financement par un budget supplémentaire,
· au lancement de l'appel d'offres,
· aux évaluations et fait modifier les prototypes,
· à la mise en place du plan de formation spécifique à cet équipement pour 11000 pompiers,
· à la distribution d'un dispositif à chaque pompier formé à son utilisation.

Qui dit mieux ?

A quand des prises en compte et des changements aussi rapides en France ?

Suite au dramatique décès de notre collègue de Narbonne, pouvons-nous espérer que dans un an des dispositions visant à rendre obligatoire la formation des pompiers au sauvetage du sauveteur seront prises par nos autorités de tutelle ?

A quand la généralisation des radios pour chaque pompier engagé dans un bâtiment, des caméras thermiques, des détecteurs d’immobilité, des tableaux de contrôle ARI, etc… ?

Ou alors cet accident sera-t-il considéré comme une fatalité et faisant simplement partie des risques du métier ?

En cliquant sur les liens ci-dessous, vous pourrez obtenir plus d’informations sur le dispositif d’évacuation mentionné précédemment.

http://www.coastalfiresystems.com/PETZLEXO.htm

http://www.petzlexopss.com

4 commentaires:

Robert Radke a dit…

On reste admiratif de voir la réactivité de nos collègues face au drame humain.

plusieurs pompiers en france sont également passés par les fenêtres pour sauver leur vie.

certains restent piégés dans la fumée,nous on cherche des coupables!!!

merci Stéphane idée à mediter!

continuons à former

Roert

Jérémie Huot a dit…

Bonjour à tous,
un cas me reviens en mémoire nous concernant dans le 78, celui d'un feu de PAV à Chavenay où 3 SP avaient dû sauter par les fenêtres du 1er étage pour ne pas être pris au piège dans un flashover. Atterrissage dans l'herbe du jardin et donc, malgré le poids de leurs ARI, juste quelques entorse ou petites fractures (pas de mort ...). J'ai eu la chance de tester le kit d'extraction de chez PETZL il y a 1 an et je peux vous dire que ça fonctionne bien. Mais l'investissement individuel et personnel reste encore onéreux. A quel prix fixe-t-on donc la vie d'un sapeur pompier pour les gens en charge de l'achat de notre matériel ?
Matériels, formations et phénomènes thermiques complexes = restons humble ...

MERCI à tous ceux qui aident à protéger et sauver les nôtres.

Jay

Anonyme a dit…

je travail sur le sujet depuis quelques mois. Mais en France il faut que des enfants meurent pour installer un feux rouge devant une école (ce qui une fois installe part tellement évident) pour les pompiers c'est la même chose. je vous rappel que il y a pas longtemps le pompiers qui faisait l'extinction d'un feu de VL sous ARI passé pour un blaireau. il a fallut le feu tragique de Neuilly pour que les pompiers (ou certaines instances) se rendre compte que la fumée c'est dangereux qui ferait établir une LDT pour un feu d'appartement (plus personne il a fallut combien de mort.....) alors je pense que l'on se retrouvera encore devant beaucoup de cercueils avant de prendre en compte le sauvetage du sauveteur.
mais il faudrait juste que la DSC ecrive une NIT et voila les pompiers pourront ce sortir d'un volume sens ce prendre pour superman (un homme ne peut pas encore voler)
FEH

Anonyme a dit…

Cet article me fait extrêmement plaisir.

En tant que psychologue du travail et des organisations, je suis tenté de m’interroger sur le processus décisionnel ou sur les circonstances ayant conduit à l’abandon des kits en 2000 (analyse accident, inutilité perçue, dangerosité perçue, inaboutissement technique, contraintes financière… ?).

Notre "profession", comme d’autres du reste, est confrontée au « reingineering » (gestion prônant la remise en cause fondamentale et redéfinition radicale des processus opérationnels pour obtenir une amélioration spectaculaire des principales performances). Cela tend facilement à ce que j’appelle la « méthode du tableau blanc » : on efface tout et on recommence. Le problème est que ceux qui mènent la table rase sont souvent déconnectés des réalités et des contraintes triviales, concrètes du terrain. On a très vite fait de se séparer des choses qui fonctionnent ou constituent un compromis non satisfaisant peut-être, mais pour le moins optimal, compte tenu de la variabilité et de la diversité des contextes opérationnels.

Il arrive qu’au détour d’une analyse d’accident (et c’est toujours trop tard), certains prennent conscience de l’incomplétude ou de l’inadéquation d’une solution technique ou doctrinale plus ou moins récente. Tout ne peut alors être dit ou écrit sous peine de déloyauté. Après un tel retournement de représentation sur la qualité du travail tel qu’il est prescrit et organisé, il arrive néanmoins qu’une tentative d’amélioration s’engage. C’est ce qui s’est produit dans cet exemple. C’est alors qu’il faut tenter de ne pas rejouer l’idéaliste « remise en cause fondamentale… » ou "le changement de culture" (comme si une "culture" pouvait se prescrire...)

En tant qu’ergonome, je me réjouis de cet exemple de collaboration industrielle-administration dans des termes "gagnant-gagnant". Le processus de conception doit s’appuyer sur une analyse de l’activité réelle et une évaluation sans concession, faisant participer y compris, des agents d’exécution (importance du « point de vue utilisateurs »). « La bonne volonté peut faire autant de dégâts que la méchanceté » écrivait le philosophe Alain dans son «propos sur le bonheur ». Améliorer une situation de travail, une technique, une méthode ou un outil n’est pas chose simple. Sans s'en rendre compte on peut considérablement compléxifier les choses. Sans compter que l'interprétation des prescriptions ou lors transposition en situation sont parfois tout à fait surprenantes.

L’Ergonomie développe des méthodes d’analyse et d’évaluation à même d’outiller tout «modélisateur» de situation de travail. J’essaierai d’apporter le point de vue de cette discipline.

Le réseau FIRETEX est un formidable outil d’échange et de réflexion que je vais m’efforcer d’alimenter. Il donne corps à la communauté des SP ayant la volonté d’améliorer les conditions d’activité et de sécurité. Ses animateurs peuvent en être fiers.

Pascal PEREZ GUERTAULT