8 janv. 2009

Période de grand froid et feu, gare au mélange des deux...

REFLEXIONS HIVERNALES

En ces fraiches périodes hivernales où la bise glaciale met nos organismes à rude épreuve en interventions au nord comme au sud de la Loire (CQFD), voici quelques infos sur les dangers associés au froid lors des feux se déclarant dans nos chers bâtiments :

Au-delà des problématiques de sécurité individuelle et collective réelles :

  • gel à craindre au niveau des pompes et des établissements, mais aussi au niveau des hydrants (plus rare mais possible, idem pour les bouches introuvables sous la neige),
  • sols glissants pour les engins en route (puis sur place pour les moyens aériens etc.) vers l’intervention puis les évolutions des hommes, une fois sur place, avec les risques de chute…
  • prise en charge des victimes à rassembler dans des PRV chauffés pour éviter l’hypothermie, facteur toujours aggravant pour l’équipe médicale du fait de la vasoconstriction qui limite alors la possibilité de poser une voie.

On constate en effet à travers de nombreux retex que des températures basses voire négatives furent souvent relevées lors de Développement Rapide du Feu, ayant provoqué des phénomènes thermiques dont l’issue fût parfois fatale pour les sapeurs-pompiers.

(Royaume Uni : Blaina 1996 deux morts, USA : Keokuk 1999 trois morts et New York 2005 deux morts et quatre blessés graves, Canada : Winnipeg 2007 deux morts, etc...)

Pourquoi ?

En terme de combustion, Paul Grimwood, pompier (e.r) de Londres et aujourd'hui expert reconnu et de renommée internationale dans le domaine de l'incendie, explique en page 299 de son livre "Eurofirefighter", comment un mètre cube d'air voit sa teneur en O2 augmenter de 15% par grand froid.

(Pour les puristes, à partir de la loi de Charles (thermodynamique) relative à la contraction des gaz au refroidissement et inversement.).

Or, non seulement la "bête" adore se gaver de ce bonus de comburant du à un air frais plus dense, mais en plus les éventuels échanges gazeux entre air et fumées (NB : à "lire" au niveau des ouvrants) peuvent atteindre des vitesses plus élevées à cause de différences de pression plus importantes.

Et nous le savons bien , un feu qui respire n'est pas pour nous servir !

Illustration sur les 3 photos ci-jointes d'un feu de pavillon, où durant le laps de temps nécessaire pour capeler, de surcroit face à une porte d'entrée (oups !) grande ouverte, on peut observer ces échanges air/fumées. Le feu se développe rapidement pour atteindre l'EGE, (qui contrôle l'air, contrôle le feu...) notons aussi les traces de fumées sur les ouvrants ainsi que les couleurs et la densité des fumées qui sortent...

Attention : ne pas stationner face aux ouvrants !

Les fumées brûlent...

Flashover ! Il faut "taper" fort en "ouvrant" un peu plus le jet de la lance

A noter : ces différences importantes de températures entre le volume en feu et l’extérieur fragilisent un peu plus les ouvrants en verre qui n’apprécient guère les chocs thermiques

Il convient donc d'envisager des ruptures de vitres, donc à surveiller et à communiquer au COS ainsi qu'aux équipes engagées dans les volumes. (Nécessité de disposer de portatifs pour Tous les intervenants)


Enfin, quelques « astuces » à partager sans retenue, pour récupérer au mieux de ces températures frisquettes, surtout sur des interventions dépassant une heure :


  • la notion de soutien de l'homme de plus en plus souvent prise en compte par les Sdis a pour vocation de nous aider à être à nouveau efficace afin de mener de nouvelles missions en sécurité.

(Liste non exhaustive, vos "recettes" de terrain sont les bienvenues !)

  • Penser à stocker au chaud dans la cabine du fourgon des effets pompiers usagés (tels que sweat, polos, chemises F1,pantalons) pré emballés sous plastique, qui, après l’extinction permettront d’effectuer le déblai, ranger du matériel etc... dans un confort bien agréable !
  • Si en dotation d’habillement vous avez la chance d’avoir deux paires de gants et deux cagoules, cela vaut la peine de les avoir avec soi dans un léger « sac perso » à emmener sur intervention,
  • Le conducteur peut d’ailleurs les faire sécher sur le tableau de bord de l’engin entre deux missions… les collègues apprécieront à coup sûr !
  • Lors de la mise hors gel des pompes, en dehors des procédures habituelles, ne pas hésiter à manipuler les vannes plusieurs fois sans quoi les résidus d’eau dans la valve sphérique gèlent !
  • Purger les lances sans retenue avant rangement, voire les laisser dans la cabine le temps du retour,
  • Est-il utile de rappeler l’importance de la « Log » avec les bienfaits d’une bonne soupe, d’un bon café (ou thé !) brûlant, de barres de céréales, etc...?
  • Malgré nos bottes de feu étanches, ce sont souvent nos pieds qui souffrent le plus…pourquoi ne pas penser à s'équiper de "chaussons" ?
  • Une tenue textile complète (gants y compris) de qualité est sans comparaison en termes de confort et de sécurité par rapport à la tenue de feu "classique" pour ne pas dire démodée et surtout totalement dépassée, qui équipe encore de nombreux pompiers en France : veste et gants de cuir, pantalon F1 et bottes à lacets sans membrane imper-respirante …

Par – 10°c, que du bonheur !

Bon courage à toutes et tous,vivement le printemps !

Restons humbles.

5 commentaires:

Thierry Saillant a dit…

J'ai beau réfléchir, je ne trouve rien à ajouter à ces conseils !!
Remercions Étienne car tous ces conseils pourront être très utiles à nos moins expérimentés "firefighters"
comme aux plus aguerris !!

toff16 a dit…

par temps très froid,l'humidité de l'air(et donc des matériaux)descend en flèche, cela pourra il avoir une quelconque influence sur la vitesse de propagation de l'incendie(façades)

Anonyme a dit…

Bonjour,
Pour répondre à ta question, les conséquences du temps froid en terme de vitesse de développement se situe essentiellement au niveau des échanges gazeux (vitesse plus élevée) et dans la teneur de l'air en O2 (cf. Paul Grimwood dans Eurofirefighter. En ce qui concerne les façades, il faut considérer, en tous cas au début de l'incendie), que les matériaux extérieurs étant froids, ils absorbent une quantité plus importante d'énergis pour s'échauffer ralentissant ainsi la process, en tous cas au début. Ensuite, un incendie par temps froid est tout aussi violent et destructeur que par des températures plus clémentes. Autre paramètre à considérer est le fait qu'en hiver, les habitations sont plus femées qu'en période estivale limitant, ou tout du moins ralentissant la propagation par les façades.
Espérant avoir répondu à ta question. FIRETEX

Franck a dit…

Bonjour,

Petite réflexion que je vous fais partager...

Sauf erreur de ma part, ce qui est possible (merci dans ce car de m'en faire part), la masse d'oxygène supplémentaire contenu dans de l'air à -40°C (233 K) est de l'ordre de + 0.023 Kg (23 grammes) par m3. Effectivement, cela fait bien 15 % d'O2 en plus par rapport à la masse d'O2 contenu dans 1 m3 d'air qui lui serait à 0°C (273 K).

Pensez-vous qu'une telle différence de masse puisse impacter remarquablement le développement du feu ?

Merci

Fr@+nck

FDNY a dit…

Tout d'abord merci à Franck pour sa remarque basée sur une approche très pragmatique et scientifique de la réponse à la question du lecteur. Merci aussi à Franck d'être en quelque sorte la "caution" scientifique de ce blog. Pour être très honnête, la réponse formulée l'a été au vu du texte d'Etienne basé sur la remarque de Paul grimwood dans son ouvrage "Eurofirefighter" et cette réponse émane plus d'un point de vue "pompier" que purement scientifique. Ainsi Franck a raison de nous démontrer que le fameux "delta" en quantité d'oxygène est somme toute négligeable et qu'il faut atteindre des températures vraiment basses pour constater des écarts qui, de plus, sont mineurs. Cependant, et pour répondre à la question du lecteur il convient cependant de reconnaitre que les conditions hivernales sont plus propices au déclenchement des incendies, que la différence de teneur en oxygène, si minime fût elle, est néanmoins de nature à intensifier la combustion et surtout que la différence de température constatée entre l'intérieur des bâtiments et l'extérieur augmente la vitesse des échanges gazeux (transferts de masse). En résumé, mille excuses à nos lecteurs pour cette imprécision d'ordre scientifique, mille merci à la lecture attentive et à la réponse très précise apportée par Franck et retenons néanmoins que les périodes de grand froid sont plus propices au développement des incendies(statistiques à l'appui)souvent violents.
Restons humbles.
FIRETEX