18 janv. 2009

Pilotes et Pompiers

Pilotes et Pompiers , quels points communs ?

Commandant Chesley B. "Sully" SULLENBERGER
Source :
www.firefighterclosecalls.com

L'accident d'avion survenu jeudi après-midi dans le ciel new yorkais quelques minutes à peine après le décollage de l'Airbus A 320 d'US Airways de l'aéroport La Guardia, a mis en avant le comportement exemplaire du pilote qui, en réalisant un amerrissage en douceur sur les eaux gelées de l'Hudson river, a ainsi préservé l'intégralité de l'appareil et donc la vie de l'équipage et des passagers.

Il convient ici de saluer haut et fort l'attitude hautement professionnelle du commandant Sullenberger qui, comme tout véritable capitaine de navire, a quitté l'appareil en dernier après avoir effectué personnellement une dernière "visite" complète de l'avion rempli à mi-hauteur par les eaux.

Source : www.techno-science.net

Saluons également le comportement lui aussi exemplaire de l'équipage qui a su gérer dans le calme la situation, le stress des passagers et l'évacuation de l'appareil.

Au delà de toutes ces considérations, il semble interressant de s'interroger sur ce qui a permis à ces hommes et ces femmes, pilote, co-pilote et membres d'équipage de faire face à cette situation et de rapporter cela au métier de pompier.

Trois points paraissent essentiels :

  1. La formation,
  2. L'analyse des retours d'expérience,
  3. L'expérience de la pratique.

Les pilotes sont plutôt formés à éviter les problèmes, que ce soit par la formation des pilotes et des personnels naviguants, par l'application stricte de procédures (check-list avant décollage, préparation des vols, respect des consignes, etc...).Ils sont ensuite formés et entrainés à réagir face à différentes situations difficiles (pannes, incendie, détournements, etc...).

Ces entrainements sont clairement définis, obligatoires et dispensés par des personnels spécialisés et compétents et s'effectuent dans les conditions les plus réalistes possibles notamment par le biais de l'utilisation de simulateurs.

Pour ce qui est des pompiers, il s'agit plutôt de se former à réagir au quotidien face à des situations difficiles et dangereuses mais ceci ne s'effecue que de manière très disparate et variable au gré des installations, moyens et équipements disponibles dans les départements.

En résumé, tout au long de sa carrière, la formation du pilote consiste à se préparer à gérer et anticiper des problèmes au faible risque d'occurence.

A contrario, le pompier doit (ou devrait) se préparer à faire face à des problèmes délicats et dangereux, pour lui comme pour les "civils", problèmes sur lesquels il n'a aucune emprise directe.
On pourrait donc penser que la formation OPERATIONNELLE du pompier dans des conditions aussi réalistes que possible devrait être une priorité. Force est de constater que la vérité est toute autre malgré les sommes et les volumes horaires importants consacrés à la formation.

Si les compagnies aériennes consacrent tant de temps et d'argent à la formation et à la préparation de leurs personnels à faire face à des évènements graves, ce n'est nullement par philantropie mais bien pour répondre à une logique économique et d'efficacité (les deux allant de pair).
Pourquoi les choses sont elles différentes chez les pompiers ?
Par analogie à la formation des pilotes d'avion, celle des pompiers devrait donc se concentrer sur les situations rencontrées le moins fréquemment.
Considérant que la lutte contre l'incendie est une activité technique et dangereuse qui représente environ 10% de nos opérations, il conviendrait donc de consacrer un maximum de temps de formation et de technicité pour s'y préparer.
C'est pourtant loin d'être le cas comparativement à l'activité secours à personnes qui occupe sensiblement 70% des interventions et pourtant un recyclage annuel en secourisme (ce qui est une excellente chose soit dit au passage) est obligatoire pour tous les pompiers.

On peut donc s'interroger sur les raisons qui font que la formation à la lutte contre l'incendie ne répond pas aux mêmes exigences de volume, de compétences et de rigueur que celle des plongeurs ou des secouristes par exemple ?

Autre similitude entre pompiers et pilotes d'avion : l'analyse des retours d'expérience via des structures d'enquêtes et d'analyse des accidents telles que le BEA (bureau Enquête Accident) de l'aviation civile.
En France, le BPAE (Bureau Prévention Accident Enquête), né des recommandations de la MISP (Mission Sécurité des SP), effectue un travail remarquable mais il est regrettable que les enseignements issus de ses enquêtes ne fasse pas l'objet de diffusion à l'ensemble de la profession.
Nos homologues anglo-saxons sont une fois de plus en avance dans ce domaine. A l'initiative de certains pompiers a été crée aux USA un site internet (http://www.firefighternearmiss.com/) sur lequel il est possible à tous les corps de pompiers de diffuser des retour d'expérience de manière volontaire, anonyme et sans aucune volonté répressive mais au contraire constructive afin d'éviter que des accidents similaires ne se reproduisent. Ainsi, de multiples données sont disponibles pour tous les pompiers par internet.
A quand une telle initiative en France ?

Autre aspect majeur : l'expérience. Le commandant SULLENBERGER est un ancien pilote militaire de l'US Air Force; Il a aussi occupé les fonctions de président de l'association des pilotes de lignes pour la sécurité en vol, il est membre de la commission technique de l'aviation civile US et a participé à plusieurs enquêtes relatives à des accidents d'avion.

De plus, parrallèlement à ses activités de pilote pour US Airways, il dirige également une petite société de consulting spécialisée dans le domaine de la sécurité aéronautique !
Quant au calme ayant présidé à sa prise de décision salvatrice (se poser sur l'Hudson plutôt que d'aller se poser sur un aéroport voisin), il est le fruit d'une très grande expérience acquise au cours de ses milliers d'heures de vol. Que se serait il passé si le pilote de l'avion avait été un "jeune" diplomé ?

Pour conclure,tout au long de sa carrière, le commandant SULLENBERGER s'est préparé pour réagir au pire, portant son attention sur tout ce qui pourrait compromettre sa sécurité tout comme celle de ceux dont il a la charge, passager comme équipage.

N'y a t il pas une certaine ressemblance avec la mission d'un COS chez les pompiers ?

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Salut,

je viens d'aller faire un tour sur le site http://www.firefighternearmiss.com/
L'esprit est le même que ce site. Pourquoi ne pas reproduire ici leur formulaire de rapport, pour que chacun puisse, selon un canevas type, informer les autres de ce qui a pu lui arriver
En gros, pourquoi ne pas faire comme eux ?

Anonyme a dit…

Pour résumer à la question :
"A quand une telle initiative en France ?"
Je demande :
Pourquoi ne pas la prendre