28 nov. 2008

Combien de morts faudra t il encore ?

INCENDIES DOMESTIQUES : Combien de morts faudra t il encore ?

Selon les sources, on dénombre en France environ 800 morts par an à cause des incendies domestiques.

Il ne se passe pas une semaine sans que les médias n'en fassent état :


  • deux morts, trois blessés graves, et 17 blessés légers, dans l’incendie d’un appartement à Paris le 10 novembre dernier,
  • un enfant de 11 ans décédé son frère âgé de 6 ans, et ses parents sont grièvement brûlés suite à un incendie survenu à Avignon dans la nuit de dimanche à lundi 24 novembre,
  • une mère de 34 ans et ses deux enfants âgés de 10 et 5 ans décèdent dans l’incendie de leur maison à Cavaillon le 27 novembre au matin (soit quatre morts dans le même département en moins d'une semaine !),
  • etc…

Les études statistiques effectuées dans les pays dont le taux d’équipement des habitations en détecteurs de fumées est supérieur à 80%, démontrent que le nombre de victimes se trouve diminué de moitié.

Comme à l’habitude, notre pays est à la traine dans ce domaine bien qu’un projet de loi à ce sujet existe mais ce dernier fait depuis plusieurs mois la navette entre l’Assemblée Nationale et le Sénat et il semble malheureusement que ce texte ne figure pas parmi les priorités de nos représentants nationaux !

Ceci est regrettable mais le mouvement a au moins le mérite d’être enclenché.

A contrario, quid de l’attitude de la profession à ce sujet ? Elle est malheureusement bien molle.

Tandis que nos homologues anglo-saxons et scandinaves (pour ne citer qu’eux) s’impliquent très fortement dans la démarche de prévention, la France est loin derrière.
Quand on parle prévention chez les pompiers en France, chacun se réfère aux nombreux textes régissant le domaine des ERP (Etablissements Recevant du Public). Règles qui sont d’ailleurs globalement bien faites et efficaces puisque le nombre d’incendies mortels dans de tels établissements est très limité.

Par contre, que dit la loi en termes de détection dans les lieux où l’on dénombre le plus grand nombre de victimes d’incendies domestiques, c'est-à-dire dans les habitations privées ? RIEN !
Que font les services d’incendie et de secours en France pour inciter les particuliers à s’équiper en détecteurs de fumée et à éduquer le public face aux risques d’incendies domestiques ?
La aussi, pratiquement rien sauf à mentionner quelques initiatives locales ça et là.


Et pourtant, lorsqu’il définit nos missions, le code général des collectivités territoriales ne précise-t-il pas que : «les services d'incendie et de secours sont chargés de la prévention, de la protection et de la lutte contre les incendies. Cette mission leur appartient en propre » ?

Alors que faisons-nous ? Qu’attendons-nous ? Combien de morts faudra t il encore ?

Pourquoi ne nous impliquons nous pas, à l’instar de nos collègues anglo-saxons (oublions pour une fois l’anti-américanisme primaire au profit du pragmatisme et de l’efficacité) dans des démarches d’éducation et d’information du public ?

Les sapeurs-pompiers ont une « côte » de popularité que leur envient toutes les autres catégories socio-professionnelles : servons nous en à bon escient !

Qu’attendons nous pour aller au devant des enfants dans les écoles parler des risques d’incendie, de conduite à tenir face au feu, de la nécessité de disposer de DAAF dans les habitations ?

Qu’attendons-nous pour utiliser nos engins comme vecteurs d’informations ?


Tous les publicitaires nous envient de disposer de supports de communication mobiles que sont nos véhicules voyants et bruyants, et qui attirent tous les regards lors de leurs déplacements, alors profitons en.





Certains sdis ont déjà apposés sur leurs engins des affiches de recrutement pour les SP volontaires. Alors pourquoi ne pas le faire aussi pour sauver des vies ?









Si on peut faire ça...pour recruter des pompiers...













On doit aussi pouvoir faire ça...pour réaliser notre mission...et sauver des vies !

(Notons aussi au passage la différence entre la version française et la version britannique du balisage latéral...sécurité, sécurité)



Qu’attendons-nous pour diffuser des messages de prévention des incendies domestiques sur les calendriers que nous distribuons en fin d’année auprès de la population ?



Qu'attendons nous pour faire figurer une rubrique "conseils de prévention des incendies domestiques" sur le site internet de chaque sdis ?




Il est regrettable qu’il faille attendre un texte de loi pour agir et que certains cadres de la profession soient très frileux à ce sujet.

Au sujet des messages d’informations que nous pourrions apposer sur nos engins
(Par exemple : un détecteur d’incendie peut vous sauver la vie), voici ce que l’on peut lire sur le forum « Club des SDIS » :

« Titre : « Publicité sur les véhicules du SDIS

Tant que la loi concernant la mise en place de DAAF dans le milieu de l'habitation n'est pas parue, je trouve que cela est juridiquement prématuré (!).
Par ailleurs, même s'il s'agit d'une bonne idée et d'une publicité utile, cela reste de la publicité (!) . Je pense que ce type de démarche s'écarte de notre éthique (!) De plus, d'autres thèmes mériteraient tout autant de la réclame (DSA dans les lieux publics par exemple...). Où cela s'arrête?
J'ai peur qu'en mettant le doigt dans cet "engrenage", nous nous retrouvions un jour avec des messages affichés totalement dissociés de nos missions.
(ndlr : En quoi le message des DAAF est il dissocié de nos missions ?)
Je propose de laisser le milieu des assurances et de l'immobilier à ce type d'initiatives (!) Cela n'empêchant pas dans d'autres circonstances (lesquelles et pourquoi attendre ?) de prôner l'intérêt des détecteurs d'incendie dans le milieu de l'habitat domestique.

Pour autant, et au risque de froisser des collègues, nous constatons tous les jours que c'est dans le domaine de l'habitation que nous avons le plus de feux et de victimes (exact : alors agissons plutôt que laisser cela aux autres).
La présence de DAAF est une réponse partielle à ce constat. La vraie réponse serait dans un contrôle à l'ouverture et de manière périodique au moins des parties communes, au lieu de quoi la récente réforme du Code de l'Urbanisme supprime notre vision sur les plans intérieurs des projets. Ce qui dans l'avenir devrait aggraver encore un peu plus la gravité des incendies et le risque (opérationnel et juridique) encouru pour les intervenants Sapeurs-pompiers. »


Voilà ce qu'écrit sur un forum de la profession un officier supérieur de pompiers professionnel, de surcroit chargé d'une mission de prévention (au sens ERP du terme) et chose plus étonnante encore, ce message n’a pas suscité un tollé de réactions de la part des autres lecteurs preuve que le sujet interpelle peu !

Il y a lieu de s’interroger sur le contenu du message ci-dessus aussi faisons un peu de sémantique :

Publicité : Forme de

communication, dont le but est de fixer l'attention d’une cible visée (consommateur, utilisateur, usager, électeur, etc.) pour l'inciter à adopter un comportement souhaité : achat d'un produit, élection d'une personnalité politique, incitation à l'économie d'énergie, etc. Ou encore : « action de rendre public » ou « état de ce qui est public »

Entendons nous bien, il n’est bien évidemment nullement question de faire de la publicité pour une marque précise de DAAF mais bien de faire passer un message généraliste d’incitation à l’équipement en matériel de détection fiable, efficace et peu onéreux.

L'éthique est une discipline pratique (action) et normative (règles) qui se donne pour but de dire comment les êtres doivent se comporter pour agir sereinement entre-eux.


Je pense que notre éthique professionnelle (dans le sens mission et non pas statut SPP-SPV) doit être de tout faire pour limiter le nombre de victimes de l’incendie.

Adoptons la philosophie de nos collègues pompiers scandinaves qui considèrent que chaque sortie pour feu est un échec de la mission de prévention.

Limitons le nombre de drames humains, nous en avons la possibilité pour autant que nous le voulions. Il nous faut pour cela convaincre nos chefs, nos élus, nos collègues que cela relève de notre mission, de notre devoir.

Ne nous trompons pas, le risque n’est pas juridique mais bien réel et humain.

Pour paraphraser l’auteur du message, je dirai que ce qui est prématuré n’est pas d’agir avant la parution d’un texte mais que c’est la mort de nombreuses victimes innocentes dont la moitié au moins pourraient être évitées.
Ce qui prime est l’intérêt et la sécurité de nos concitoyens et en termes d’intérêt juridique des sdis, on a du mal à imaginer ce que l’on pourrait leur reprocher si ce n’est d’avoir mené à bien leur mission.

Devons nous nous contenter d’appliquer des textes ou pouvons nous aussi avoir une capacité de réaction proactive en ayant recours à des solutions déjà appliquées par ailleurs et qui, de surcroit, fonctionnent ?

Combien de morts faudra t il encore pour que nous réagissions ?

FIRETEX

Sources : Club des sdis /
www.leparisien.fr / www.laprovence.fr / London Fire Brigade / Melbourne Fire Brigade / Essex County Fire & Rescue service / Photos : Sébastien Frémont - Yves Lebreton - Peter Storey.

4 commentaires:

Ph.BRETON a dit…

Je partage ton analyse.
Nous sommes à une période où nous avons une visibilité non négligeable (calendriers, discours de Ste Barbe, etc.). Profitons-en pour faire notre boulot !
Cette année encore, je ponctuerai mes discours de Ste Barbe d'un message : "Le DAAF, si vous n'avez pas d'idée, c'est un formidable cadeau de Noël".

Et encore, il reste à progresser sur les détecteurs CO (j'ai cheminée et gaz, j'ai sauté le pas, et vous ?), c'est aussi la période.
Maintenant je suis consommateur et assuré, et je comprends un peu le comportement des frileux qui attendent une stabilisation législative et normative... et restent vulnérables.

Mais je me pose une question, simple et terrible. Combien en faut-il pour être efficace ?
Pas de "bible" dans le domaine. Un ça va, deux c'est mieux ; Source Flux Cible ; Zone model + Arbre de scénarii, blablabla.
Mais si demain quelqu'un vient me voir et me demande combien et où il en faut chez lui, je crois ne pas être "carré" (et je pense que beaucoup de collègues devraient être dans le même cas). Et ça me donne à réfléchir.

Anonyme a dit…

Cet officier que tu cite doit etre du même moule que ceux qui dénigrent la filière formateurs incendie ! Une bande de prétentieux qui malheureusement "freinent" des quatres fers !
Pourquoi, effectivement ne pas profiter des calendriers pour faire passer des messages forts de prévention en lieu et place des belles photos qui n'interessent que les SP! Cela permettraient en tout premier lieu de toucher les SP, qui sont également bien mal chaussés pour la plupart!
GIB

thierrySaillant a dit…

C'est bien vrai qu'en France, on n'a vraiment pas la fibre "préventionniste" dans nos maisons!
Des exemples: Lors de nos sessions de perfectionnement incendie, après le passage au simulateur d'E.G.E., nous passons quelques messages dont celui de la prévention à la maison, et après quelques explications, nous proposions à la vente des D.A.A.F..
Le message qui était retenu dans les casernes était souvent que nous vendions des D.A.A.F. plus que nous leur expliquions le déroulement du feu!!
D'autres réagissaient en se plaignant qu'avec çà, on ne ferait plus de feux!!!
Autre exemple au mois de septembre, l'amicale de mon CIS décide d'organiser une vente de D.A.A.F. au cours de la brocante annuelle du village. Les discours entendus très souvent ce jour-là furent:
-Les pompiers ont compris le busyness, ils se font de l'argent avec çà!
-Moi, j'en n'ai pas besoin, j'ai tout électrique chez moi!!
-J'en ai pas besoin, mon fils est J.S.P., il me réveillera!!
-Moi, je vous en achètes si ils ne sonnent pas mais seulement qu'ils s'allument!!!
On n'est pas encore au point la-dessus!!!

Robert Radke a dit…

C'est sur une formation MTE Stéphane que nous avons pris notre bâton de pélerin !!
A ce jours nous passons le Message à 3000 pompiers du département,car dans ce domaine nous voyons que c'est toujours le cordonnier le plus mal chaussé!pour notre centre:
intervention dans tous nos colèges et écoles maternelles,et la
publication sur 10 000 calendriers.

Avec de la persévérence on va y arriver !
Amitiées
Robert