28 nov. 2008

Val d'Oise : Feu de Terrasse + explosion (Suite)


Feu de terrasse et explosion en Val d'Oise

(Complément d'informations)



Nous mettions en ligne il y a quelques jours un RETEX relatif à un feu d'éléments d'isolation de toiture survenu dans le Val d'Oise.


Ce document a suscité un certain nombre de commentaires et quelques informations et images complémentaires nous ont été transmises qu'il nous semble important de porter à la connaissance des lecteurs de FIRETEX.

En effet, René Dosne (que nous sommes honorés de compter parmi nos visiteurs) nous relate une des conséquences possibles lors de ces travaux en terrasse.

"Au cours de la pose de bandes d'étanchéité au chalumeau, ou de feu de terrasse, l'incendie peut se communiquer au joint de dilatation dépassant en saillie sur la terrasse.

Si ce dernier, anciennement en panneaux souples de fibre de bois, est protégé par un mastic étanche, il n'est pas toujours incombustible. C'est donc, consécutivement au feu de terrasse, un feu de joint de dilatation qui pourra se déclarer.

Localisation à la caméra thermique et mesures de Monoxyde de Carbone (CO) dans les appartements inférieurs seront nécessaires.

A Vitry, (Val de Marne) en 1990, des ouvriers effectuant des travaux d'étanchéité sur une terrasse enflamment sans le voir le joint de dilatation, puis quittent le chantier. C'est en revenant le lendemain qu'ils découvrent une légère fumée s'échappant du joint en terrasse. Les pompiers, alertés, découvrent au cours de la reconnaissance des étages inférieurs une famille partiellement décimée: 4 morts."

Pourtant, le mur de la chambre ne présentait pas de fissures...

RETEX

  • Evacuation des occupants, nous évoquions les risques liés à une évacuation systématique des occupants qui deviennent des cibles potentielles des effets missiles en cas d'explosion de bouteilles de gaz.
  • Intoxication CO : Malgré tout, il convient de prendre en compte le risque d'intoxication et de faire évacuer au moins les occupants du dernier niveau. Afin d'éviter de les exposer au(x) missiles(s) potentiel(s), il semble néanmoins judicieux de les maintenir à l'intérieur du bâtiment.
  • Risques de chute : Lors des progressions en toiture, les binômes doivent prendre en compte le risque de chute et être très vigilant lors des cheminements rendus difficiles par les matériaux impliqués et par la visibilité limitée par les fumées d'incendie.

Merci à René Dosne pour les compléments d'informations tout à fait conforme à l'esprit du site, (l'échange d'informations) ainsi qu'à Fabrice Jean pour les photos.

Combien de morts faudra t il encore ?

INCENDIES DOMESTIQUES : Combien de morts faudra t il encore ?

Selon les sources, on dénombre en France environ 800 morts par an à cause des incendies domestiques.

Il ne se passe pas une semaine sans que les médias n'en fassent état :


  • deux morts, trois blessés graves, et 17 blessés légers, dans l’incendie d’un appartement à Paris le 10 novembre dernier,
  • un enfant de 11 ans décédé son frère âgé de 6 ans, et ses parents sont grièvement brûlés suite à un incendie survenu à Avignon dans la nuit de dimanche à lundi 24 novembre,
  • une mère de 34 ans et ses deux enfants âgés de 10 et 5 ans décèdent dans l’incendie de leur maison à Cavaillon le 27 novembre au matin (soit quatre morts dans le même département en moins d'une semaine !),
  • etc…

Les études statistiques effectuées dans les pays dont le taux d’équipement des habitations en détecteurs de fumées est supérieur à 80%, démontrent que le nombre de victimes se trouve diminué de moitié.

Comme à l’habitude, notre pays est à la traine dans ce domaine bien qu’un projet de loi à ce sujet existe mais ce dernier fait depuis plusieurs mois la navette entre l’Assemblée Nationale et le Sénat et il semble malheureusement que ce texte ne figure pas parmi les priorités de nos représentants nationaux !

Ceci est regrettable mais le mouvement a au moins le mérite d’être enclenché.

A contrario, quid de l’attitude de la profession à ce sujet ? Elle est malheureusement bien molle.

Tandis que nos homologues anglo-saxons et scandinaves (pour ne citer qu’eux) s’impliquent très fortement dans la démarche de prévention, la France est loin derrière.
Quand on parle prévention chez les pompiers en France, chacun se réfère aux nombreux textes régissant le domaine des ERP (Etablissements Recevant du Public). Règles qui sont d’ailleurs globalement bien faites et efficaces puisque le nombre d’incendies mortels dans de tels établissements est très limité.

Par contre, que dit la loi en termes de détection dans les lieux où l’on dénombre le plus grand nombre de victimes d’incendies domestiques, c'est-à-dire dans les habitations privées ? RIEN !
Que font les services d’incendie et de secours en France pour inciter les particuliers à s’équiper en détecteurs de fumée et à éduquer le public face aux risques d’incendies domestiques ?
La aussi, pratiquement rien sauf à mentionner quelques initiatives locales ça et là.


Et pourtant, lorsqu’il définit nos missions, le code général des collectivités territoriales ne précise-t-il pas que : «les services d'incendie et de secours sont chargés de la prévention, de la protection et de la lutte contre les incendies. Cette mission leur appartient en propre » ?

Alors que faisons-nous ? Qu’attendons-nous ? Combien de morts faudra t il encore ?

Pourquoi ne nous impliquons nous pas, à l’instar de nos collègues anglo-saxons (oublions pour une fois l’anti-américanisme primaire au profit du pragmatisme et de l’efficacité) dans des démarches d’éducation et d’information du public ?

Les sapeurs-pompiers ont une « côte » de popularité que leur envient toutes les autres catégories socio-professionnelles : servons nous en à bon escient !

Qu’attendons nous pour aller au devant des enfants dans les écoles parler des risques d’incendie, de conduite à tenir face au feu, de la nécessité de disposer de DAAF dans les habitations ?

Qu’attendons-nous pour utiliser nos engins comme vecteurs d’informations ?


Tous les publicitaires nous envient de disposer de supports de communication mobiles que sont nos véhicules voyants et bruyants, et qui attirent tous les regards lors de leurs déplacements, alors profitons en.





Certains sdis ont déjà apposés sur leurs engins des affiches de recrutement pour les SP volontaires. Alors pourquoi ne pas le faire aussi pour sauver des vies ?









Si on peut faire ça...pour recruter des pompiers...













On doit aussi pouvoir faire ça...pour réaliser notre mission...et sauver des vies !

(Notons aussi au passage la différence entre la version française et la version britannique du balisage latéral...sécurité, sécurité)



Qu’attendons-nous pour diffuser des messages de prévention des incendies domestiques sur les calendriers que nous distribuons en fin d’année auprès de la population ?



Qu'attendons nous pour faire figurer une rubrique "conseils de prévention des incendies domestiques" sur le site internet de chaque sdis ?




Il est regrettable qu’il faille attendre un texte de loi pour agir et que certains cadres de la profession soient très frileux à ce sujet.

Au sujet des messages d’informations que nous pourrions apposer sur nos engins
(Par exemple : un détecteur d’incendie peut vous sauver la vie), voici ce que l’on peut lire sur le forum « Club des SDIS » :

« Titre : « Publicité sur les véhicules du SDIS

Tant que la loi concernant la mise en place de DAAF dans le milieu de l'habitation n'est pas parue, je trouve que cela est juridiquement prématuré (!).
Par ailleurs, même s'il s'agit d'une bonne idée et d'une publicité utile, cela reste de la publicité (!) . Je pense que ce type de démarche s'écarte de notre éthique (!) De plus, d'autres thèmes mériteraient tout autant de la réclame (DSA dans les lieux publics par exemple...). Où cela s'arrête?
J'ai peur qu'en mettant le doigt dans cet "engrenage", nous nous retrouvions un jour avec des messages affichés totalement dissociés de nos missions.
(ndlr : En quoi le message des DAAF est il dissocié de nos missions ?)
Je propose de laisser le milieu des assurances et de l'immobilier à ce type d'initiatives (!) Cela n'empêchant pas dans d'autres circonstances (lesquelles et pourquoi attendre ?) de prôner l'intérêt des détecteurs d'incendie dans le milieu de l'habitat domestique.

Pour autant, et au risque de froisser des collègues, nous constatons tous les jours que c'est dans le domaine de l'habitation que nous avons le plus de feux et de victimes (exact : alors agissons plutôt que laisser cela aux autres).
La présence de DAAF est une réponse partielle à ce constat. La vraie réponse serait dans un contrôle à l'ouverture et de manière périodique au moins des parties communes, au lieu de quoi la récente réforme du Code de l'Urbanisme supprime notre vision sur les plans intérieurs des projets. Ce qui dans l'avenir devrait aggraver encore un peu plus la gravité des incendies et le risque (opérationnel et juridique) encouru pour les intervenants Sapeurs-pompiers. »


Voilà ce qu'écrit sur un forum de la profession un officier supérieur de pompiers professionnel, de surcroit chargé d'une mission de prévention (au sens ERP du terme) et chose plus étonnante encore, ce message n’a pas suscité un tollé de réactions de la part des autres lecteurs preuve que le sujet interpelle peu !

Il y a lieu de s’interroger sur le contenu du message ci-dessus aussi faisons un peu de sémantique :

Publicité : Forme de

communication, dont le but est de fixer l'attention d’une cible visée (consommateur, utilisateur, usager, électeur, etc.) pour l'inciter à adopter un comportement souhaité : achat d'un produit, élection d'une personnalité politique, incitation à l'économie d'énergie, etc. Ou encore : « action de rendre public » ou « état de ce qui est public »

Entendons nous bien, il n’est bien évidemment nullement question de faire de la publicité pour une marque précise de DAAF mais bien de faire passer un message généraliste d’incitation à l’équipement en matériel de détection fiable, efficace et peu onéreux.

L'éthique est une discipline pratique (action) et normative (règles) qui se donne pour but de dire comment les êtres doivent se comporter pour agir sereinement entre-eux.


Je pense que notre éthique professionnelle (dans le sens mission et non pas statut SPP-SPV) doit être de tout faire pour limiter le nombre de victimes de l’incendie.

Adoptons la philosophie de nos collègues pompiers scandinaves qui considèrent que chaque sortie pour feu est un échec de la mission de prévention.

Limitons le nombre de drames humains, nous en avons la possibilité pour autant que nous le voulions. Il nous faut pour cela convaincre nos chefs, nos élus, nos collègues que cela relève de notre mission, de notre devoir.

Ne nous trompons pas, le risque n’est pas juridique mais bien réel et humain.

Pour paraphraser l’auteur du message, je dirai que ce qui est prématuré n’est pas d’agir avant la parution d’un texte mais que c’est la mort de nombreuses victimes innocentes dont la moitié au moins pourraient être évitées.
Ce qui prime est l’intérêt et la sécurité de nos concitoyens et en termes d’intérêt juridique des sdis, on a du mal à imaginer ce que l’on pourrait leur reprocher si ce n’est d’avoir mené à bien leur mission.

Devons nous nous contenter d’appliquer des textes ou pouvons nous aussi avoir une capacité de réaction proactive en ayant recours à des solutions déjà appliquées par ailleurs et qui, de surcroit, fonctionnent ?

Combien de morts faudra t il encore pour que nous réagissions ?

FIRETEX

Sources : Club des sdis /
www.leparisien.fr / www.laprovence.fr / London Fire Brigade / Melbourne Fire Brigade / Essex County Fire & Rescue service / Photos : Sébastien Frémont - Yves Lebreton - Peter Storey.

19 nov. 2008

Contacts, Infos et suggestions

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FIRETEX

TEXAS : Feu d'appartement

« Y a t’il encore du monde à l’étage ? » demande un témoin, observant une lumière allumée au 1er étage à droite…les fumées tueuses ont pu se propager par la VMC ou par des fenêtres laissées ouvertes…

Gageons que les détecteurs avertisseurs autonomes de fumées (DAAF), obligatoires outre atlantique, ont pu réveiller à temps les occupants…CQFD !

Un pompier descend néanmoins par l’escalier extérieur (sur la droite à 57 secondes) après avoir vérifié l’absence de victimes ou de propagation du feu au niveau R+1 (= reconnaissance primaire, dans cette zone à risques car « au dessus » du feu)

En parallèle, l’établissement d’une LDV 500 se fait du point d’eau au point d’attaque au moyen de tuyaux en écheveau (plus rapide, chrono à l'appui).

Lecture Du Feu :

  • Foyer localisé au RDC est freiné dans sa croissance par un apport d’air limité
    (= « feu limité par la ventilation »), à la moitié inférieure de la porte d’entrée ouverte,
  • Flammes jaune vif au niveau du sol contrastent avec celles plus orangées en partie haute (moins d’air = mélange plus riche), les fumées deviennent de plus en plus sombres, véloces, signes d’une température élevée,
  • Ouvrants noircis dans le volume non isolé (pas de porte fermée) à gauche du foyer,
  • Plafond de fumées, denses et noires, qui s’abaisse et apparition des rollover annonçant l’imminence de l’EGE (après env. 1min).

Mais c'est l'apport d'air supplémentaire suite à "l'auto ventilation" des fenêtres qui permet au feu de dégager la chaleur nécessaire pour atteindre l'EGE puis son plein développement, vers 2min15.

Le tirage au niveau de l'entrée du coté gauche est alors bien établi.

Difficile d'être absolument affirmatif, cependant il semble que les vitres des pièces de gauche puis de droite se brisent en partie haute (vers 47 sec), vers l’intérieur du volume, celui-ci se mettant en dépression faute d’air.

Quelques remarques :

  1. Ne pas établir et capeler face aux ouvrants, il est dangereux d'être dans le cône d'expansion éventuel,
  2. Belle attaque massive, très efficace, car stoppant la propagation verticale et maîtrisant le feu développé, après seulement une dizaine de secondes, en Jet Diffusé d’Attaque, avec un débit maximum ici parfaitement adapté (pourtant le témoin pense qu'il va leur falloir une grosse lance...)
    (NB : A 500 l/min, on projette 8l/secondes environ…pas de quoi vider la tonne…)
  3. La lecture du feu, notamment les échanges entre surpression/dépression, permet de comprendre que ce feu ne respire "que" par cette porte d'entrée, d'où le choix de l'attaque défensive, sans risque de "pousser" le feu vers d'autres volumes dans le bâtiment.

Comment retarder l’EGE en attendant de pouvoir attaquer ?

Pendant la phase d'établissement de la ligne d'attaque, il convient, dans la mesure du possible, de limiter l'ouverture de la porte d'entrée du volume (en utilisant par exemple la tête de la hache, ou mieux encore la barre Halligan) afin de limiter l’apport d’air qui alimente le feu… car la Bête respire...

Soyons prudents, agissons avec réflexion et efficacité.


Backdraft… !

Backdraft : les signes d’alarme, une fois la porte ouverte











Pour ce sujet relatif au backdraft, nous vous présentons deux vidéos, dans celle de gauche, le feu interesse un bâtiment de plain-pied, dans l'autre il s'agit d'un simulateur.



Bien que les structures soient différentes, dans les deux cas, on retrouve des signes similaires indicateurs d'un risque imminent de backdraft.



Vidéo de gauche, Lecture Du Feu :






  • pavillon de plain pied, volume à priori clos,




  • des fumées claires (gaz de pyrolyse et certainement un peu de vapeur d'eau" s'échappent" de la toiture sous pression et par pulsations,




  • pas de flammes visibles de l'extérieur,




  • signes de chaleur confirmée sur le tiers supérieur de la porte : peinture craquelée et brûlée...




  • ouvrants : vitres non noircies (la pièce est elle confinée ou bien sont elles obstruées de l'intérieur pour les besoins de l'exercice ?),




  • sons ??? (Pas d'informations flagrantes à ce sujet).


Par contre, pas de signe des "fameuses" fumées censées pulsées sous la porte. Ce n'est pas le cas ici car le "volume" n'est apparemment pas assez étanche ce qui cause de multiples fuites, notamment au niveau de la toiture limitant de ce fait la montée en pression du bâtiment.



Malgré l'absence de "test de porte", celle-ci ne semble pas "bouillante" de haut en bas... (La aussi, la convection concentre la chaleur en partie haute, de plus les "fuites" au niveau de la toiture amplifient un sens de tirage du bas vers le haut).



Typologie floue quand tu nous tiens...



(Nous sommes effectivement en plein dans le contexte typologie floue (cf. GNR phénomènes thermiques) : certains signes sont présents mais pas tous...)




RETEX et ANALYSE




Portes et ouvrants :



Ne jamais opérer en face de la porte = ne pas stationner en face des ouvrants quels qu'ils soient, on ne sait pas à quel moment ils sont suceptibles de "lacher" (ouverture ou rupture selon le cas).




Ouverture de la porte :

1 épais panache actif et turbulent de fumées surchauffées brunes claires, s'échappant sous pression en partie haute,

2 "la veine d'air" (« air track » cher à John TAYLOR), ou le "courant de convection"
(« gravity current » cher à Paul GRIMWOOD) s'établit nettement générant d'importants échanges véloces air/fumées (denses et jaunes/brunes).
Le feu ne respire à priori que par cette porte...
(NB : signe déjà observé sur des vidéos de simulateurs backdraft comme celle de droite)

3 le mélange trop riche se dilue inexorablement, le foyer se réactive....
(NB : le mythe de l'explosion "instantanée" dès l'ouverture en prend encore un coup...)

Résultat : backdraft suivi de flashover !

A l'instar du commentateur, on n'ose pas imaginer la situation du personnel d'un BAT qui se serait engagé dans un couloir et qui n'aurait pas "lu" ces signes annonciateurs (hélas trop méconnus des pompiers français)…




Car ils apparaissent et s'amplifient très rapidement après l'ouverture de la porte (suite à l'augmentation brutale de l'apport de comburant) et il est à craindre que pendant ce critique "timing" pré-backdraft, nombreux sont ceux qui pourraient prendre le risque de progresser "pour aller chercher le feu" (sic)...

Continuons à insister sur la vitale nécessité de réaliser une lecture du feu afin de rechercher ces signes, même et surtout une fois la porte ouverte !



Comment élimiter ou tout du moins limiter les risques de survenue du backdraft dans le cas présent ?



Tout d'abord en contrôlant la porte, même après ouverture. Il conviendrait de disposer d'un outil de forcement type barre Halligan qui permettrait de rabattre la porte en cas de nécessité.



Dans le cas présent,il aurait été judicieux que les deux pompiers disposent au minimum d'un moyen hydraulique permettant un débit de l'ordre de 500 l/mn afin de pouvoir :





  1. Attaquer la masse gazeuse, à plein débit en JDA (Jet Diffusé d'Attaque), en partie haute (pour un effet de refroidissement massif visant aussi à en diminuer le volume),


  2. A envoyer, toujours à plein débit une impulsion en JDA, dans la moitié inférieure du volume de la porte afin d'utiliser le courant de convection et amener un volume d'eau vers le foyer,


  3. A refermer la porte immédiatement après afin de laisser agir la vapeur.


Pour ce faire, il est impératif que le porte-lance et son équipier agissent de manière coordonnée.



Ensuite, recommencer à l'envie à plusieurs reprises jusqu'à diminution des signes (diminution du volume des fumées, éclaircissement de ces dernières, abaissement de la température, ralentissement de la vitesse de sortie des produits de combustion mélés de vapeur d'eau).



L'attaque et l'inertage des fumées contenues dans le volume pourra ensuite se poursuivre de puis l'estérieur.



Pour des raisons évidentes de sécurité, toutes ces actions seront menées depuis l'extérieur sans rester dans le cône d'expansion des gaz (ce qui n'est pas le cas car comme on peut le remarquer, les deux pompiers opèrent quasiment en permanence face à la porte !).



On peut constater sur les images que les deux pompiers utilisent des lances de dévidoirs tournants donc ne délivrant que des débits limités. Les images parlent d'elles-même, on voit bien que bien que deux lances soient en manoeuvre, leur action reste très limitée face à un feu pleinement développé.



Et pourtant, le volume est ici de faible dimension, qu'en serait il face à un volume plus grand et développant plus de puissance ?



En résumé :



Lecture du feu précise,



Tenue de feu complète + ARI,



Ne pas stationner face aux ouvrants,



Action coordonnée de l'équipe d'attaque (ouverture de porte + attaque),



Disposer au minimum d'un moyen hydraulique puissant (500 l/mn),



Anticiper sur le risque d'évolution de la situation,



Contrôler la porte après ouverture (barre Halligan ou autre moyen),



Attaquer le ciel gazeux JDA plein débit (refroidissement) + Attaque impulsion courtes JDA plein débit (utilisation du courant de convection),




















Et entraînons nous aux techniques d'ouvertures de portes et à la maîtrise de l'air...feu qui respire feu qui empire...


Restons humbles

FLASH FIRE...

FLASH FIRE

Ce phénomène thermique, différent du flashover et du backdraft, est peu connu en France car non enseigné et non pris en compte par le GNR relatif aux phénomènes thermiques. Il est plutôt à classer dans la « famille » des Fire Gas Ignition

(FGI) = inflammation ou explosion de gaz de combustion.

EXEMPLE OPERATIONNEL

La porte fermée d’un appartement en feu donne sur un couloir. Sous l'effet de la surpression, de légères fumées se diffusent par les interstices et par le pourtour de l'ouvrant. Elles sont claires, statiques et peu chaudes voire froides … (pourquoi ? au contact de l’air : elles se refroidissent. Et puis en se diluant dans le couloir, elles se rapprochent de leur plage d'inflammabilité).

A l’ouverture de cette porte, une source d’ignition (ex : une flamme, une étincelle) vient au contact de ces fumées (combustibles !) déjà mélangées à l’air (comburant) :

Risque de survenue d'un Flash Fire (= embrasement instantané), comme on peut le voir sur la vidéo 1.

Conduite A Tenir :

Avant une ouverture maitrisée sous TOOTEM, attaque en inertant les fumées :

  • JDA angle large,
  • Faible débit (brouillards de gouttelettes en 3D - une lance type Ultimatic est parfaite pour cela),
  • et/ou ventilation hydraulique ou naturelle de ces fumées afin de réduire le risque d’inflammation (limitation du volume de combustible).

Si le mélange fumées/air se trouve dans la plage réactive (se rapprochant de la notion de stochiométrie = vitesse de réaction élevée = allure explosive) :

Risque de SGE (Smoke Gas Explosion = explosion de gaz de combustion), autre type de FGI, ainsi que l'on peut le voir sur la vidéo 2 (on y est presque, notons l'effet de souffle).

EXEMPLE OPERATIONNEL

On peut retrouver dans les volumes adjacents (surtout supérieurs, convection oblige), du/des volume en feu ces fumées claires, plutôt légères …
Une source d’ignition (flamme, étincelle, braise …) peut être transportée (ex : via gaines techniques, VMC, faux plafonds …) du volume embrasé vers ces zones de « pré mélange fumées/air ».

En cas de mélange idéal (stochiométrique) : SGE, avec risques potentiels d'atteinte des structures vu les pressions atteintes, 8 bars potentiellement…(cf. livre de John TAYLOR "Smoke Burns") car ce sont des gaz à haut potentiel énergétique, du fait de l’omniprésence des matériaux synthétiques dans les bâtiments à usage d’habitation, commercial, de bureaux,etc...

Conduite A Tenir :

En présence de fumées blanches = méfiance (car à contrario des fumées noires et épaisses, trop « riches » en combustible pour s’enflammer ; ces fumées claires et légères sont plus proches de leur plage d’inflammabilité, voire du Mélange Idéal CQFD !)

Lors des reconnaissances, isoler ces zones du volume en feu en fermant les portes, et inerter puis ventiler hydrauliquement ces fumées.

Dans les simulateurs (voir vidéo ci-jointe), ce risque est pris en compte et les formateurs travaillent avec des palettes qui dégagent des gaz moins riches. A contrario, avec de l’aggloméré ou, pire sur interventions avec l’omniprésence des polymères, le risque est réel.

Reportons nous au retex « english victorian house » de J. TAYLOR sur :

www.smokeburns.com

Ce dernier m'a confié avoir pu constater de visu lors d'un brûlage de ce type réalisé en Suède avec des panneaux d’agglomérés comme combustible, que le simulateur avait bougé de plusieurs dizaines de cm…

Mais soyons rassurés, nul besoin de mise en place d'une "filière" de formateurs incendie afin de nous former à des phénomènes thermiques étudiés depuis 20 ans ailleurs en Europe et malheureusement toujours ignorés en France en 2008 par la majorité de nos collègues, qui sont quotidiennement exposés aux risques sur le terrain…

Une seule fois suffit … à méditer.

Restons humbles.

18 nov. 2008

Val d'Oise : Feu de Terrasse + explosion

Feu de chantier d’isolation en toiture

Des travaux de réfection d’isolation se déroulent en toiture d’une barre d’immeubles à usage d’habitations R+4-1. Celui-ci est desservi par quatre cages d’escaliers dont une seule (n°4) permet l’accès en toiture par un skydome.

La toiture terrasse est en béton et recouverte d'un revêtement bitumeux qui est l'objet de la réfection.

Le bâtiment se trouve en pleine zone urbaine dans un secteur très peuplé et populaire.

(Image satellite)
http://maps.google.fr/maps?f=q&hl=fr&geocode=&q=rue+bourdelle,+95200+Sarcelles,+Val-d'Oise,+Ile-de-France,+France&sll=48.976541,2.386538&sspn=0.001662,0.003433&ie=UTF8&ll=48.977747,2.385986&spn=0.001662,0.005472&t=h&z=18
Il est bordé à proximité d'autres bâtiments d'habitation, d'une crèche pour enfants et de l'autre côté de l'avenue d'un foyer de jeunes travailleurs.


Au moment des travaux, deux ouvriers travaillent sur le toit où se trouvent de nombreux rouleaux de revêtement bitumeux (une quarantaine) ainsi qu’une dizaine de bouteilles de gaz (25 kg et 50 kg).

Le feu part du chalumeau qui chauffe un rouleau. Un des ouvriers reste bloqué en toiture par le feu mais il réussit à descendre par le câble du monte charge avant que l'échelle aérienne ne soit mise en station.



Les secours sont appelés à 11h26, soit au moment où de nombreux enfants et parents sont dans la rue (sortie d'écoles et beaucoup d'enfants dans le quartier).

Dans le Val d’Oise, le train de départ pour feu dans un bâtiment d'habitation est composé de deux engins pompes, d’une échelle aérienne et d’un chef de groupe, le tout étant complété par un VSAB si notion de victime avérée ou potentielle.

Eu égard au grand nombre d’appels, un « complément d’anticipation » comprenant un engin-pompe, une échelle et un véhicule de soutien a été engagé ainsi qu’un PC de colonne, un chef de colonne et un chef de groupe supplémentaire.

Un gros panache de fumée noire est visible dès le transit vers l'adresse.



Une explosion se produit à l’arrivée des sapeurs pompiers tandis que le bâtiment est en cours d'évacuation par la police qui n’avait pas encore réalisé de périmètre de sécurité.
Il a été retrouvé 3 missiles de bouteille sur la terrasse dans un périmètre de 30 mètres environ, des dégâts d'impacts ont été constatés sur les différentes cheminées et dans le sol de la terrasse.

Un autre morceau a été retrouvé en bas de l'immeuble à environ 50 mètres. Fort heureusement personne ne sera touché par les effets missiles de l'enveloppe de la bouteille.

Un PRV est activé dans une salle d'un ERP à proximité.

Bilan : Un ouvrier est légèrement brûlé aux mains ainsi qu’un sapeur-pompier (très légèrement brûlé sous son gant textile) tandis que 13 résidents de l'immeuble sont choqués.
De plus, quatre pompiers (équipage d'un VSAV et le chef d'agrès d'un des FPT) se trouvant au pied de l'immeuble au moment de l'explosion, ont des problèmes d'oreilles.

Au total quatre pompiers et deux civils seront transportés en milieu hospitalier.

RETEX

VICTIMES POTENTIELLES
De nombreuses personnes sont présentes dans la rue au moment des faits (jour et horaire de l’intervention) = nombreuses victimes potentielles + effet panique = impact acoustique (bruit de l’explosion),

TAUX D’OCCUPATION
A contrario, taux d’occupation peu élevé des habitations à cette même heure,

POLICE
La police a procédé (comme d’habitude) aux évacuations avant l’arrivée des pompiers ce qui n’est pas forcément favorable car dans le cas présent, de nombreuses personnes se sont retrouvées dans la rue devenant les cibles potentielles des missiles,

GESTION DES EVACUES
En la circonstance activation d’un PRV dans un ERP situé à proximité ce qui ne sera pas toujours possible facilement selon le lieu et l’heure de survenue et pouvant engendrer des complications selon la période de l’année (conditions météo),

BOUTEILLES DE GAZ
De nombreuses bouteilles de gaz sont présentes sur la terrasse = risques d’explosions multiples donc nécessité de prévoir un périmètre de sécurité conséquent (minimum 50 mètres),
(Rappelons-nous qu’un pompier de la BSPP, conducteur d’un engin-pompe situé à distance avait été tué par le missile de la bouteille lors d’une opération similaire il y a une quinzaine d’années),
Penser à recenser le nombre et la capacité des bouteilles utilisées auprès des ouvriers présents pour évaluation du niveau de risque,

EXPOSITION DES PERSONNELS
Les personnels chargés de l’attaque et du refroidissement des bouteilles de gaz sont exposés aux risques personnels. Doter les engins-pompe de canons de toit est un moyen permettant de limiter l'exposition des personnels tout en permettant une mise en œuvre rapide de moyens d'attaque,

· MOYENS ENGAGES
Le volume de moyens engagés a permis une montée en puissance rapide de l’opération et s’est avéré adapté et suffisant,

· ACCES ECHELLES
Le bâtiment concerné est desservi par deux voies échelles cependant la présence d’arbres non élagués a rendu difficile le positionnement de la première échelle (nécessité d’effectuer des visites de secteur et d’attirer l’attention des syndics et services municipaux sur les difficultés ainsi engendrés / les effets de la réglementation peuvent être considérablement diminués par ce genre de situation…),

· POINTS D’EAU
Les points d’eau étaient nombreux et bien répartis,

· ACCES TERRASSE
Il n’existait qu’un seul point d’accès en terrasse depuis l’intérieur du bâtiment ce qui a mis un ouvrier en difficulté, le feu lui en interdisant l’utilisation, de plus cela peut rendre difficile l’accès des pompiers,

· EPI :
Un pompier a été légèrement brûlé aux mains malgré le port de ses gants. Les gants sont souvent un point fragile de la protection (usure, taille non adaptée, absence de barrière imper-respirante, transpiration, etc…) et il convient d’être vigilant quant à leur état et de rappeler les conditions de port et d’entretien mais aussi de choix de tailles. On a ainsi souvent tendance a choisir des gants « taillant juste » afin de conserver une bonne préhension mais ceci se fait au détriment de la protection thermique (cette dernière étant, entre autre assurée par la couche d’air).

Malgré toutes les précautions, nous ne sommes malheureusement jamais complètement à l'abri... le métier de pompier reste un métier dangereux !!!

Merci à Fabrice Jean et au sdis 95 pour la diffusion de ces informations et pour les enseignements tirés.


(Photos DR et SDIS95)

16 nov. 2008

RETEX : Interventions dans les bâtiments abandonnés et/ou Squats

Bonjour,

Suite au dramatique accident survenu à nos collègues du BMPM, qui se solde, et c'est tant mieux, par une fin heureuse, profitons en pour tirer quelques enseignements et faire quelques rappels pour les interventions dans les bâtiments à l'abandon et donc potentiellement squattés afin d'éviter que cela ne se reproduise.
  • Bâtiments anciens et mal ou pas entretenus (ouvrants en mauvais état ou absents = taux de ventilation important donc risque de développement rapide du feu),
  • bâtiments en mauvais état (escaliers peu solides, penser à progresser le long des murs, s'assurer de la solidité des appuis au cours de la progression) + Penser aux risques d'effondrement et par conséquent mettre en place un itinéraire de secours,
  • Occupation potentielle par des squatteurs qui peuvent être nombreux (problèmes de sauvetages multiples),
  • Squatteurs souvent étrangers (problèmes de communication à cause de la barrière de la langue),
  • Risques de panique amplifiés par l'approche culturelle de certaines populations par rapport au feu (peur du feu),
  • Présence possible d'enfants,
  • Qui dit squatteurs dit présence de matelas (= mousse de polyuréthane donc potentiel énergétique important),
  • Squatteurs = présence de réchauds à gaz (risque de stockage de bouteilles de réserve),
  • Squatteurs = possibilité de trouver des chauffages d'appoint ou à foyer ouvert fonctionnant au pétrole),
  • Squatteurs = risques de se trouver confronté à des installations électriques "modifiées" donc DANGER même si bâtiment "apparemment" non alimenté électriquement,
  • Suite à la mention précédente = rester vigilant et méfiant même si l'électricité est coupée au compteur ! TOUT EST POSSIBLE.
  • Squatteurs et/ou toxicomanes = risques de trouver des seringues partout dans le bâtiment = risques de piqures et contamination = risques d'accident d'exposition au sang,
  • Les populations de squatteurs peuvent potentiellement présenter des attitudes hostiles par rapport aux sapeurs-pompiers.

SOYEZ PRUDENTS

13 nov. 2008

Le Marin-Pompier est sorti du coma

Alors que les médecins étaient très pessimistes sur son état de santé, le matelot Anthony Abdou, jeune marin pompier de Marseille électrocuté durant la phase de déblai suite à un incendie dans un bâtiment squatté survenu vendredi dernier est sorti ce week-end du coma.
Anthony présente une large cicatrice au niveau de la nuque, zone de son corps qui est entrée en contact avec un cable électrique encore sous tension vraisemblablement suite au piratage d'une installation électrique par les occupants du squat. Il devrait certainement quitter très rapidement l'hopital militaire Lavéran.
Deux autres marins-pompiers, dont un médecin, qui avaient été blessés en lui portant secours ont eux aussi récupérés.
Nous leur souhaitons à tous un bon rétablissement.
Sources : La Provence, Blog pompiersmars.

8 nov. 2008

3 Marins Pompiers de Marseille blessés en intervention

Hier, vendredi 7 novembre 2008, trois marins-pompiers de Marseille ont été blessés au cours d’une intervention au 42 rue Clovis Hugues dans le troisième arrondissement de Marseille.
Le bataillon de Marins-Pompiers avait été sollicité à 12h22 pour un feu au premier étage d’un immeuble désaffecté et squatté (inoccupé à l’arrivée des secours) qui a nécessité l'engagement de six engins et vingt marins-pompiers.
C'est au cours de la phase de déblai que deux marins-pompiers ont été en contact avec un conducteur électrique sous tension. L’un d'entre eux s’est écroulé victime d’un arrêt cardio-ventilatoire tandis que l’autre a chuté du premier étage. Se portant au secours de leur camarade, les marins-pompiers présents ont pu extraire ce dernier et entamer la phase de réanimation. Un médecin du BMPM a lui-même été légèrement blessé au cours de la phase d’extraction.
Bilan
1 marin-pompier (20 ans) – électrisé - état très grave (pronostique vital réservé).
1 marin-pompier (24 ans) – électrisé – blessé léger.
1 médecin urgentiste du BMPM – électrisé et brûlé – blessé léger.

Ces trois marins-pompiers ont été hospitalisés à l’Hôpital d’Instruction des Armées de Lavéran Deux autres marins-pompiers, choqués, ont été pris en charge.

(Source : Soldats du Feu Magazine et BMPM)