24 oct. 2008

Collision d'engins d'incendie à Saint Louis

Rouler vite, c'est bien, arriver au feu c'est mieux !

Ces images nous ramènent à une terrible vérité : l'appréciation des dangers lors de nos déplacements.

Au dela des images chocs, il convient de prendre en compte que ces deux engins partaient sur la même intervention pour feu de bâtiment avéré, que huit pompiers ont été blessés, qu'un seul d'entre eux est toujours hospitalisé à cette heure et que deux véhicules d'incendie sont gravement endommagés.

Fort heureusement, tous les pompiers étaient ceinturés ce qui a limité les conséquences de cette collision.

ENSEIGNEMENTS

RESPECT DES REGLES DE CIRCULATION

La nature de nos interventions, quel qu'en soit le degré d'urgence, ne justifie pas d'avoir des comportements inadaptés et irréfléchis. En la circonstance, il y a faillite à la mission puisqu'en voulant se rendre rapidement sur le lieu du sinistre, aucun des deux engins ne pourra finalement arriver sur place et il faudra engager d'autres secours venant vraisemblablement de plus loin.

CEINTURES DE SECURITE

Fort heureusement, l'ensemble des pompiers à bord de deux engins avait bouclé leur ceinture de sécurité ! On n'ose penser aux conséquences si tel n'avait pas été le cas.

Questions : combien d'engins d'incendie en France sont aujourd'hui dotés de ceinture de sécurité pour TOUS les passagers, y compris ceux à l'arrière de la double cabine ?

Pourquoi le code de la route accorde t il une dérogation aux passagers des engins d'incendie et de secours en ce qui concerne le port de la ceinture de sécurité alors que nos déplacements en mission nous amènent à prendre plus de risques que quand nous circulons dans notre véhicule personnel ?

Quelle en est la justification ? Le gain de temps ? Trois secondes pour la mettre et une seconde pour l'enlever : cela va t il vraiment influer sur l'efficacité de notre mission ? Par contre, une chose est certaine c'est qu'en cas d'accident, les conséquences seront plus graves pour les pompiers passagers.

Alors, pas d'hésitation, BOUCLONS SYSTEMATIQUEMENT NOTRE CEINTURE DE SECURITE ET EXIGEONS QUE TOUS LES ENGINS EN SOIENT DOTES !

FORMATION DES CONDUCTEURS

Quelle est en France la formation spécifique des conducteurs d'engins d'incendie et de secours en situation d'urgence ? Je ne pense guère me tromper en disant qu'il n'y en a aucune ou que cela relève en tous cas d'initiatives locales et isolées.

Le simple fait de détenir le permis correspondant à la catégorie de véhicule conduit est bien loin d'être suffisant et ne prépare nullement à la conduite en situation d'urgence.

Méditons à cet effet l'exemple suédois : lorsqu'un pompier n'est plus considéré apte au port de l'ARI selon certains critères physiques liés à l'age notamment, il n'est pas jeté au rebus mais au contraire affecté à la conduite des engins d'incendie. Ainsi, la moyenne d'age des conducteurs est elle relativement élevée mais en contrepartie ils sont toujours opérationnels et adoptent une conduite (après formation sur piste et circuits) plus sereine et posée. A cette sérénité, fruit de la maturité et de l'expérience, vient s'ajouter une bonne connaissance des secteurs, des véhicules et des nombreuses ficelles du métier qui font les qualités d'un "bon cambouis" notamment lorsqu'il faut se débrouiller seul pour alimenter un engin-pompe par exemple.

En fait, une bonne gestion de la pyramide des ages et des compétences des personnels, les plus jeunes étant affectés à des tâches plus exigeantes physiquement.

RESPONSABILITE DES CHEF D'AGRES

Il en va la aussi de la responsabilité des chefs d'agrès de modérer les élans des conducteurs "fougueux" et de faire respecter les règles de circulation et de sécurité.

Et pour terminer, il suffit d'un peu de bon sens et de tirer les enseignements de cet accident. Imaginons les conséquences si la collision avait impliqué un véhicule de tourisme transportant une famille ! Le jeu en vaut il la chandelle ?

SOYEZ PRUDENTS

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Entièrement d'accord avec cet article et merci de rappeler les règles qui s'imposent en matière de conduite d'engins de secours.
Effectivement, en France, pas de formation spécifique à destination des conducteurs et trop souvent, le volant du FPT est laissé à un jeune fougueux qui vient de commencer sa carrière et qui ne contrôle pas suffisamment son stress en partant en intervention.
Il me semble, à ce sujet, que le piquet "conducteur" est une sorte de spécialité dans certains Fire Department aux Etats-Unis, sans pour autant que le SP soit inapte opérationnel. Autrement dit, le conducteur ne fait que ça. Avantages : meilleure connaissance de la conduite de l'engin, de son matériel, de sa pompe, le conducteur prend davantage soin de "son" engin, sa fonction est réellement valorisée (à mi-chemin entre le firefighter et le captain), enfin il le conduit avec beaucoup moins de stress ("on ne fait bien que ce qu'on fait souvent...").
A méditer !
Marc LEPELLETIER
marc.lepelletier@sdis-vendee.fr

Stéph a dit…

Remarque très juste et très interessante de Marc concernant la spécialité de conducteur dans certains corps de pompiers aux Etat-Unis. C'est le cas par exemple du Chicago Fire Department où la position d'"engineer" est en effet valorisée dans la chaine hiérarchique.
Le rôle du conducteur y est reconnu à sa juste valeur.
Ceci étant, le sujet même de cette vidéo nous amène à constater que ce n'est pas le cas partout et que des progrès restent à faire là-bas aussi.
Mais au moins, l'info y circule vite et les réactions fleurissent sur de nombreux sites et blogs US.
Pragmastisme et efficacité des anglo-saxons dont nous devrions plus souvent nous inspirer...

FIRETEX

Jérémy Pierlot a dit…

Merci pour cette vidéo (dramatiquement) pédagogique, Stéph !
N'oublions jamais que nos engins sont, par conception, de plus en plus sûrs. Les normes sont de plus en plus draconiennes (généralisation des ceintures trois points, barres anti-retournement ("ROPS") pour les CCF, crash-tests dits "10g" pour les VSAV, recherche de fixations dites "10g" pour le matériel installé à demeure dans les cabines de FPT, etc.
Mais tout ceci n'est efficace, utile, techniquement fiable, justifié (et justifiable politiquement et économiquement)qu'à partir du moment où nos comportements sont à l'avenant : nous devons montrer l'exemple en nous ceinturant (que l'on soit officier préventionniste en visite ou équipier VSAV dans la cellule sanitaire), penser à sangler nos victimes (toutes et quelle que soit leur pathologie... sauf exception médicale bien sûr) et éviter de charger nos cabines comme des garages la veille d'une brocante (avec tous nos grigris, notre matériel "à nous", nos trucs qui ne servent jamais et nos outils coupants).
Merci encore, Stéph.