7 oct. 2008

Cage d’escalier = cheminée …






Pour comprendre, comparons :

1 ces excellents dessins ci-contre de René DOSNE (disponibles sur http://www.pompiersparis.fr/accueil.htm),

2 la vidéo ci-dessous d’une formation réaliste et sécurisée sur feux réels du blog « groupe flashover33 » ?

1 - Voilà des messages de prévention à diffuser sans modération au public "sous informé" (et à nos confrères policiers, souvent sur place avant nous…) quant à l’importance de « fermer les portes » :

- soit après avoir évacuer son appartement en cas de feu non maîtrisable, - soit à l’inverse pour se confiner chez soi en cas d’escalier enfumé.

2 – On observe un feu se développant vers l’EGE dans un appartement, dont la porte est grande ouverte... Les fumées, par convection, se propagent donc dans l’escalier, ici non cloisonné, dans l'attente de l’attaque. Au contact de l’air, les fumées s’enflamment car ayant atteint leur TAI (température d’auto inflammation) ; donnant ainsi naissance à des roll over qui s’engouffrent vers le milieu de la cage (car ils prennent le chemin le plus simple…).

Le « tirage » y est important, laissant supposer que la porte au RDC (entre l’extérieur et cette cage) est ouverte (entrant d'air), ainsi que le skidom en toiture (sortant de fumées)...une vraie cheminée !

Cet apport d’air alimente le feu, nota sur le tiers inférieur de la porte…et ça ronfle ! Heureusement, ceci est un exercice dont l'objectif est davantage la lecture du feu et la pratique des techniques de lances, mais sur opération :

dans les étages supérieurs, des victimes sont peut être descendus dans ce piège, d’autres en ouvrant leur porte d’entrée n’ont pas pu la refermer donc stopper les fumées chaudes et toxiques…

Sachant que notre priorité est de préserver les vies humaines : Quid de notre tactique face à ce feu non isolé, avant de pouvoir l'attaquer, surtout si l’escalier n’est pas cloisonné (ou cloisonné mais sans porte palière…cqfd)?

- Tenter d’isoler le feu en refermant la porte d’entrée :

Quand ?
dès que le premier binôme accède à N-1 (par exemple le BAL, parti avec ses outils de forcement en reconnaissance avec le chef d'agrès pendant que le BAT établit)

Comment ?
sous ARI, au raz du sol, avec par exemple la hache ou le halligan (sans « claquer » la porte au risque de la verrouiller !)

Pourquoi ?
* limiter la propagation dans l’escalier * limiter l’apport d’air au feu donc le « freiner » dans son développement (l’attaque étant souvent retardée par : établissements rampants, colonne sèche etc) - Si « fermer » cette porte est impossible (ex : appartement et palier embrasés, ou porte brûlée partiellement; sachant qu’elle s’ouvre généralement vers l’intérieur du logement) : dégonder une porte à N-1 (grâce au halligan) et la plaquer contre cette « gueule du diable » afin de préserver au mieux la cage des fumées et de réduire l’air alimentant le feu.

Ces idées de tactiques "pro actives", (non exhaustives et ouvertes au débat), demandent temps de formation et entraînements, avec en mémoire les nombreuses victimes ayant péris lors de feux d'immeubles.


Et sans négliger notre sécurité lors des reconnaissances menées en parallèle à l'attaque dans ces escaliers, effectuées par des pompiers souvent sans moyen hydraulique...


Restons humbles.
NB désolé pour le commentaire de Franck effacé par mégarde... n'hésites pas à le "reposter", merci !

9 commentaires:

Anonyme a dit…

Oui, quel problème!!
comment faire passer ce message si important..encore cette semaine, sur un feu de motos et scooters sous un porche, panache important, de nuit....les gens de l'immeuble évacuent et laisse la porte du hall d'entrée ouverte laissant aux fumée un passage énorme vers cette cheminée...heureusement que j'avais au départ une EPA avec un ventilateur qui m'a permis de mettre en défensif sur ce hall!!!!
puis de ventiler, reconnaitre. Bilan: un R+8 complètement enfumé, des portes palières ouvertes, une panique avec des enfants en bas âge....Même sur un feu au départ anodin (quelques scooter, motos et poubelles) on risquent d'avoir une catastrophe à l'arrivée.
Et bien sur, ce grand problème national des policiers qui évacuent, évacuent, évacuent, que faire ???
AMICALEMENT laurent (bspp)

Stéphane a dit…

Je crois qu'une bonne partie de la réponse tient en deux mots : FORMER les SP et informer les policiers.

Localement, des sessions d'informations ont été organisées à destination des policiers dans les commissariats par des SP "correspondants locaux" qui organisent des sessions d'infortion dans les commissariats.Pour cela il faut d'abord convaincre nos autorités SP (et ce n'est pas forcément la le moindre des problèmes !, ensuite il fauit faire adhérer les acdres Police mais quand on veut, on peut.
Si cela t'interresse, je peux te faire suivre le PPT que nous avons réalisé.

A+

Take care and stay safe.

Anonyme a dit…

bien sur que cela m'interresse, effectivement comme d'habitude il faut convaincre mais cela on connait!!
;-)
laurent

Stéphane a dit…

Salut à la Moriso's team !
Effectivement, y a du taf ! La formation des pompiers avance petit à petit et l'information du tout public a encore pas mal de retard concernant ces réflexes de la vie courantes. Je trouve votre idée d'intervention dans les commissariats très intéressante, et je suis preneur de votre PPT si c'est possible. Comme tu le dis le plus dur est de trouver l'élan chez nos décideurs qui sont plus dans une période comptable que de dépenses pour des actions au retour sur investissements difficilement chiffrables. Cela vaut le coup d'essayer! Je vais relayer votre article sur flashover 33 en y rajoutant, si je les retrouve, des petits exemples que j'avais ramené de nos chums québécois.
Le trois trois vous salue ;)
(Stéph, si vous avez des questions pour les mises en forme n'hésitez pas !)

Franck a dit…

Bonjour,

Concernant une partie du commentaire que j'avais posté... je ne l'avais pas sauvegardé, mais il évoquait le danger que pouvait induire une fermeture de porte mal "encadré", car tout comme l'ouverture de porte se fait avec respect de certaines règles, la fermeture doit aussi se pratiquer en connaissance de cause... Je place ci-dessous l'idée de mes propos.

Telle que montré sur la vidéo la fumée s'embrasse en sortie de porte. Cela indique que la température à l'intérieur de l'appartement sinistré est au moins > 600°C. Une fermeture de porte trop rapide, voir trop importante = risque de mettre en place le local en conditions instables...

Effectivement, dans une telle situation privé brusquement l'alimentation en comburant du feu, revient certes à induire une diminution de la puissance de celui-ci, mais de par le fait de l'isolation cela revient aussi à permettre un maintient de la température dans le local ce qui va induire une production massive de gaz de thermolyse (gaz issus de la dégradation thermique qui n'est pas passé dans la flamme).

De là 2 cas :

- A la réouverture si t° fumée est > à t° auto inflammation = risque pour le binôme de se faire surprendre par la mise à feu instantané de la fumée (surpression pas forcément violent, mais flamme immédiate et sur toute la surface de l'ouvrant) L'effet de "surprise peut induire une perte de contrôle de l'ouvrant notamment si l'équipier est placé au-dessus du chef pour ouvrir la porte et, qui perd la maîtrise de l'ouvrant perd la maîtrise du feu !
- si t° fumée < t° auto-inflammation = risque de backdraft. (je ne vous explique pas le mécanisme que je pense vous connaissez...) avec délai d'occurrence + / - rapide et +/- violent.

Ce que je préconiserais, c'est une fermeture de porte partielle avec 10 cm d'entre bâillement au moins. Avantage, pas de surprise à la réouverture, car vous disposer toujours d'un "oeil" sur ce qui peut se passer de l'autre coté de la porte. Vous maîtrisez le comburant, donc la combustion et la fermeture n'étant que partiellement, le feu ne va pas connaître une modification brutale de son développement mais une modification plus modéré à laquelle il devrait pouvoir s'adapter.

nb : permettre au feu de s'alimenter en comburant, c'est aussi permettre au gaz chaud de s'évacuer et donc à la température de ne pas stagner dans la pièce

1) je diminue l'arrivée de comburant, donc la puissance, et
2) je permets à la fumée de s'échapper donc diminution de la température dans le local...

C'est un peu comme vous, si vous courriez et que vous fermiez la bouche pour ne respirez que par les narines. Votre effort sera toujours possible mais la puissance de cet effort sera plus limité. Si vous restez bouche fermé avec une narine bouché, idem, baisse de la puissance de l'effort, mais l'effort peut se poursuivre... Le corps comme le feu va s'adapter la puissance d'un effort à l'entré de comburant.

Aussi, pour moi, fermer une porte par laquelle il sort des flammes n'est pas un geste sans conséquence.

Fr@+nck

Anonyme a dit…

Bonjour à tous, une des clés de l'information destinée aux policiers, et au grand public (les policiers sont mamans et papas comme tout le monde) est je pense de se lancer dans la littérature. Sortons de notre corporatisme et de la demande systématique aux grands chefs. Vous, nous les pompiers avons emmagasinné et continuons de le faire au quotidien des tonnes de secrets, de trucs, d'astuces, apprises sur le terrain de nos interventions. Adressons nous en direct à ce public. Il faut écrire, didactiser à fond, de belles histoires, bourrées de conseils techniques , en vente dans toutes les librairies.

Qui m'aime me suive :

retoursdinterventions@gmail.com

C'est là aussi le moyen de faire voyager nos collègues disparus et de faire connaître leur histoire d'homme au service des autres.

Amitiés à tous

Goodnew's

etienne a dit…

Bonjour à tous, merci pour vos commentaires, en réponse à Franck :

- Ce feu sur la vidéo, dans les 30 premières secondes, est encore en développement, contrôlé par la ventilation. Pour preuve les fumées épaisses et noires ne s’embrasent qu’un bon mètre après leur sortie, car trop « riches » auparavant …

- Pleinement développé aux environs de 40 secondes alors que les SP s’équipent,(NB il y a une coupure dans la vidéo, de combien de temps ?), on observe principalement des flammes en partie haute.

- Puis lors de l’attaque à 50 secondes, il aborde sa phase de déclin avec une intensité décroissante.

- Pour clarifier et surtout justifier (l'essentiel étant de savoir "pourquoi" on agit !)ce choix tactique de "refermer" la porte, il part du constat que sur feu d’appartements, notamment au-delà du R+3 :

* Le cheminement pour déterminer le point d’attaque est parfois compliqué (exemple à Paris ou dans bien des grandes villes de province dans les immeubles anciens ayant des courettes et autres escaliers de service)

* Les règles d’établissement bien qu’évoluant enfin vers l’utilisation de tuyaux en écheveau du point d‘eau au point d’attaque, restent en majorité du point d’attaque au point d’eau…

* Une fois l’établissement réalisé, l’eau peut se faire attendre etc

Je partage néanmoins ton idée de refermer cette porte SANS la claquez, par exemple en la calant avec le manche de la barre Halligan, ou une cale. Ce pour éviter de la verrouiller, donc rester maître de l’ouvrant ; et éviter également de "déstabiliser" le feu comme tu l'expliques.

Mieux vaut « freiner » le feu dans sa croissance en limitant l’apport d’air, puis l’attaquer massivement par inertage depuis la porte juste entrouverte (en la maîtrisant !) avant de s’engager en sécurité sous TOOTEM.

Pourquoi ? car on est conscient qu’on a « enrichi » en combustible le système feu.

Donc, le but est de réduire les risques de développement rapide du feu, et notamment comme tu l'évoques parfaitement une probable « auto inflammation des fumées », voire un backdraft si ouverture complète de la porte avec libre apport d'air par exemple.


Bilan : dans l’attente de l’attaque : je te cite « qui maîtrise l’air maîtrise le feu » … et protéger cet escalier des fumées reste une priorité !

restons humbles, amicalement
etienne

sylvain a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
sylvain a dit…

Dans cet exercice on a un skydome ouvert, à priori les fumées ne s'accumulent donc pas au dernier étage.
Même scénario mais sans exutoire au dernier étage... est ce toujours une bonne idée de ne fermer que partiellement la porte ?
Le feux va produire plus de fumées qui seront plus chaudes : le dernier étage est à risque.

Bonne journée

Sylvain